Metz

Une semaine avec
Le bloc-notes de Jean-Pierre Jager : tarte tatin et frigo

Par Jean-Pierre JAGER • Journaliste de La Semaine • 23/01/2019 à 12h00

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Chaque semaine, Jean-Pierre Jager livre aux lecteurs ses promenades dans la ville, ses réflexions, ses anecdotes et ses coups de coeur. Bloc-notes paru le jeudi 17 janvier 2019.

Jeudi - Le ras-le-bol historique... est né à Metz

Laissez-moi ramener ma science ou ce qu'il me reste de mémoire pour commencer. Merci.
C'est à Metz, au début des années 80 et dans une maison du lotissement de la Corchade à Vallières, qu'avait été lancé le premier parti du « ras-le- bol »... Une appellation devenue familière aujourd'hui mais pas encore trop usitée en ce temps-là. Du coup le rayonnement médiatique avait été assez large : conférences de presse dans la salle à manger du transporteur créateur puis au club de la presse. L'appel à une révolte contre l'accumulation des taxes, impôts et contraintes avait entraîné quelques autres professionnels puis un groupement de mécontents et s'était même traduit par des candidats estampillés « ras-le-bol » lors  des élections. Un petit succès de curiosité et puis s'en va !

 

Quand aujourd'hui vous tapez Metz et ras-le-bol sur internet vous ne tombez pas forcément sur cet épisode là mais sur une succession de « ras-le-bol » exprimés  notamment par les deux dernières générations d'élus, c'est-à-dire ceux en place et ceux qui aspirent. Cela concerne le stationnement comme le centre des congrès ou l'emprunt. J'avoue ne pas comprendre toujours quelle est exactement la contenance du bol mais ce qui est sûr c'est qu'il est à ras. Entre-temps il est vrai l'expression est venue labelliser quelques démarches nationales aussi dont celle d'Alexandre Jardin parti en croisade il y a trois ou quatre ans pour promouvoir les «  faisants » et rabattre leur caquet aux éternels « disants ».

 

Vendredi - Gros par le haut et par le frigo

Depuis 11 ans maintenant sa cérémonie des vœux municipaux s'est transformée en porte assez largement ouverte à l'hôtel de ville. Celle de ce mois de janvier 2019 qui constitue théoriquement la dernière année pleine pour le pouvoir messin de Dominique Gros n'a pas manqué à la règle. Qui plus est, l'actualité a offert au maire de Metz une occasion d'évoquer les principes de citoyenneté et leur vécu plutôt que de se lancer dans un passage en revue des réalisations et des hommes ou femmes qui les ont conduites. Exercice qui aurait forcément été interprété comme un coup de chapeau à l'un ou à l'autre des élus actuels et candidats potentiels. En janvier prochain, pour les vœux de 2020 tout cela devrait  théoriquement être en place et peut-être un peu moins scabreux.

 

Pour l'heure le premier magistrat s'en est donc tenu à la nécessaire citoyenneté et à toutes ses formes d'expression. Celui dont l'attitude me fait penser parfois au Suisse qu'on avait dans les églises a rajouté une dose de... votations messines qui concerneront la cathédrale comme vous avez pu le lire par ailleurs mais aussi le frigo. Plus surprenant !

 

Depuis trois mois en effet on est en train de nous faire un fromage avec cet ancien frigo militaire blotti dans les fortifications entre la Porte des Allemands et le boulevard de Trèves (voir photo). Un lieu qu'on était prêt à céder pour trois camions de bière (mais de la bonne) à un restaurateur il y a 8 ans et qu'aujourd'hui on voudrait nous faire prendre comme un symbole de la solidarité financière nationale (crédits de reconversion militaire), de la démocratie participative, du patrimoine sauvegardé, du tourisme promu, de la solidarité avec le quartier de Bellecroix et de la création.

 

200 ou 300 mètres carrés pour l'instant. Mais Bon Dieu, comment avons-nous fait pour vivre aussi longtemps à côté d'un tel gisement. La votation devrait porter non pas sur le choix de telle ou telle structure pour s'y installer mais sur le châtiment à réserver à ceux qui n'ont pas su plus tôt ouvrir la porte du frigo !

 

Samedi - En feuilletant la pâte

Le déjeuner au Cantino se termine. Toujours la même magie chez ce chef de la rue des Piques surtout quand on a le bonheur de partager une des huit (neuf en serrant)  places au  comptoir. Les plats qu'on choisit et déguste se complètent par  la vue  de ceux que l'on voit passer, créant une espèce de patchwork de haute volée culinaire où l'intention comme le détail sont diaboliquement efficaces.

 

La lotte sur son risotto pour moi et, tout à l'heure au passage, une tranche d'un pâté Richelieu où morilles, foie gras et pistaches viennent rejoindre l'équipage ordinaire. Valpolicella et un café. Dessert ? Merci, pas cette fois-ci. Le temps d'un dernier échange avec les voisins et voilà que Tino extirpe de sa caverne aux merveilles les ingrédients d'une tatin revisitée. Le lit de pommes soigneusement découpées a des reflets d'or blond et fond rien qu'à le regarder. Une pâte feuilletée de chez Fresson vient le recouvrir et reçoit le sucre puis la signature chantilly. Impossible de partir désormais !

 

Difficile néanmoins d'imaginer à quel point cela sera bon. La pâte, cuite au millimètre pour lui éviter de partir en accordéon, est un prodige qui craque sous le couvert puis sous la dent. L'épidémie de tatin se répand immédiatement d'un bout du bar à l'autre. Un souvenir me revient : celui Dominique Le Stanc lorsqu'il était encore, en 1982,  le chef du casino de Niederbronn avant de partir à la conquête de Nice et du firmament des étoiles. Un mille-feuille au chocolat qui m'avait fait le même effet ! Un déjeuner en compagnie de l'Alsacienne Ginette Hell-Girod, auteure immortelle du livre des tartes le jour où nous avions mis sur pied avec Gisou Bavoillot, directrice de collection chez Flammarion, le premier marché du livre de cuisine de Metz. C'était  à l'occasion de l'inauguration de la place Saint-Jacques devenue piétonne. Un Pot-aux-Feuilles qui précédera de peu le livre de l'Eté.

 

Lundi - L’esprit et la lettre

Condamnée avant même d’avoir été reçue par les protagonistes les plus acharnés de l’affaire qui nous occupe depuis deux bons mois, rejetée ou jugée sans même avoir été lue par  cette partie de plus en plus importante de Français qui préfère se brancher sur les digests douteux  ou les résumés partisans, estimée trop longue, trop compliquée, trop tout… la lettre d’Emmanuel Macron, malgré la fantastique hémorragie de crédibilité dont souffre l’actuel locataire de l’Elysée, ne me semble  pas moins riche en enseignements pour ceux qui veulent la lire, essayer de se souvenir ou de se projeter.

 

Ceux qui ont de la mémoire se souviendront par exemple  que ce sont les passages  les plus flous du  programme Macron pour la présidentielle il y a deux ans qui sont aujourd’hui les plus développés. Je veux parler en l’occurrence de la réorganisation de la vie politique et d’une variante sur la question de l’immigration.

 

Dans ces domaines, autant rendre la consultation utile a dû se dire l’hôte de l’Elysée,  même si en matière d’immigration, la petite nuance sur les bénéficiaires du droit d’asile, laisse une faille assez énorme dans le système ou un pré-supposé bien optimiste. «Une fois nos obligations d’asile remplies » nous dit le président (comme s’il ne s’agissait que d’une formalité), « souhaitez-vous que nous puissions nous fixer des objectifs annuels définis par le Parlement ?» 

 

Peut-être, mais comment traiter dans le fameux premier temps avec humanité et efficacité les 90 % de demandeurs d’asile qui n’ont pas droit à ce statut, le savent bien (au moins les passeurs le savent-ils) et se retrouvent dans un processus d’intégration clandestine par le pourrissement. La vraie politique d’immigration nous semble moins être une affaire de chiffres théoriques ou de pourcentages que de dispositifs clairs et efficaces tout en restant humains.

 

J’ai remarqué enfin, sur une question de forme, que cette lettre avait été envoyée aux journaux et médias sans la procédure d’achat d’espaces à laquelle ont recouru certains prédécesseurs ou le gouvernement quand il a des mesures à promouvoir. Une manière de désamorcer la grenade d’une révélation des coûts mais par conséquence aussi une perte de maîtrise sur la forme de la lettre. Un élément qui n’est pas neutre pour sa compréhension surtout quand les médias y rajoutent ensuite des inter-titres ou des relances.

 

Mardi - Chasse aux zélus

Les sangliers ne sont plus les seuls à faire l’objet d’une chasse spécifique, comme cela a été le cas dimanche matin aux alentours de l’A31 pour les empêcher de proliférer et de provoquer une insécurité et des dégâts économiquement préjudiciables. Les zélus et à degré moindre les fonctionnaires se sont retrouvés eux aussi dans la ligne de mire de Jean Poulallion, président de l’UE 57 lors de la cérémonie de vœux décentralisée lundi 14 janvier au soir au golf de Faulquemont.

 

Accueilli dans un secteur où la conjonction entre les acteurs économiques et politiques a fait largement ses preuves (160 entreprises et plus de 5 000 emplois crées sur le District Urbain de Faulquemont depuis la reconversion de l’après- mines) le nouveau président de la nouvelle UE née en juin dernier n’a pas pu s’empêcher de tirer quelques cartouches restées au fond de son sac sur le poids de la fonction publique dans notre pays, la gestion qu’il trouve peu efficace  « des fonctionnaires pourtant plus nombreux qu’ailleurs » et surtout les élus, « créateurs impénitents de taxes » et indécrottables « dépensiers ». D’où une avalanche de chiffres et de propositions, de piques aussi sur certains comportements et dépenses.

 

C’est certes le climat général et l’exaspération exprimée par les Gilets jaunes qui a expliqué cet appel à « plus de cohérence, d’exemplarité, de justice fiscale et économique », il n’empêche que cela a jeté un froid du coté des élus et des représentants des administrations. Voulu ou pas et à ce point, transformant les vœux en situation paradoxale ? « Si on ne pose pas clairement les choses on en mourra » expliquera ensuite Jean Poulallion. Certes, certes mais quand il adjurera les élus de ne plus s’occuper d’économie, François Lavergne répondra qu’ici à Faulquemont il ne regrettait pas de l’avoir fait...et les entreprises non plus.

 

Les Canadiens aussi votent Metz

Metz ou plus précisément le château de Mercy ont été leur quartier général en Europe après la Seconde Guerre mondiale. Sur la colline de Bellecroix un immeuble, « la barre des Canadiens » regroupait leurs logements et l’actuel IRA, près du vieux stade de Bellecroix, était leur école. Des années au cours desquelles ces familles canadiennes ont noué des contacts avec des familles françaises du quartier (c’était pour l’essentiel avant l’urbanisation massive de Bellecroix), relations qui pour certaines ont duré plus d’un demi-siècle. C’est ainsi par exemple qu’un groupe de canadiens est revenu il y a trois ans à Metz rendre visite à ses amis. C’est notamment Marie-Claude Thiry, instigatrice de la fête du ruisseau à Vallières et infatigable pourvoyeuse de chaleur humaine qui avait managé ces retrouvailles. C’est elle aussi qui a prévenu les canadiens de la compétition pour le titre de destination européenne dans laquelle la ville de Metz est engagée. Pas de problèmes lui a répondu le non moins infatigable responsable de l’association Metz Bratz qui s’est dépêché de faire suivre en donnant le mode d’emploi. Appuyer sur le bouton «  je vote Metz ».

 



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