Metz

Une semaine avec
Le bloc-notes de Jean-Pierre Jager : Goncourt, voeux et soldes

Par Jean-Pierre JAGER • Journaliste de La Semaine • 15/01/2019 à 17h00

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Chaque semaine, Jean-Pierre Jager livre aux lecteurs ses promenades dans la ville, ses réflexions, ses anecdotes et ses coups de coeur. Bloc-notes paru le jeudi 10 janvier 2019.

Jeudi - Tout Goncourt à point...

A qui sait attendre, probablement ! J’avais lu, pour m’en faire une idée, quelques dizaines de pages du roman de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux lorsqu’il avait été récompensé du prix Goncourt il y a deux mois.  Description et rythme m’avaient séduit sans pour autant qu’une émotion littéraire soit forcément au rendez-vous. La bonne bouille de l’auteur, ses propos qui avaient une forme de sincérité rafraîchissante dans les médias comme dans nos colonnes, le caractère régional de son intrigue située dans le vallée de la Fensch avaient suffi à alimenter mon intérêt.

 

Quelques jours plus calmes m’ont permis de mener au bout un certain nombre de lectures laissées en jachère dont celle-là et je ne l’ai pas regretté. C’est paradoxalement sur la fin des 400 pages que les portraits les plus larges et les plus profonds apparaissent. Au moment précis où on les attend le moins car l’esprit du lecteur est alors happé par les trajectoires convergentes et paroxysmiques des différents protagonistes. Et c’est superbement fait. Le confort d’une langue plus déliée s’installe, habille les êtres comme les lieux ! « Le vent sur le visage d’Anthony, l’exacte odeur de l’air, le grain de la route familier comme la peau d’une fille. » L’empreinte que la vallée a laissée dans sa chair et surtout cette dernière phrase en cinq mots qui évoque « l’effroyable douceur d’appartenir. »

 

Vendredi - Pom pom Pompidou !

Joli score de fréquentation que celui annoncé par la direction du Centre Pompidou Metz pour l'année 2018 : 332 500 visiteurs soit un peu moins que l'année record (hors ouverture et saison 2) de 2017 mais supérieure ou égale à d'autres millésimes des cinq derniers exercices. Intérêt des expositions qui a permis de gommer les effets de la grève perlée de la SNCF au printemps notamment.

 

Si l'on revient au temps du projet lui même c'est-à-dire il y a douze ou treize ans, on se souviendra que l'ancien maire de Metz, Jean-Marie Rausch qui avait donné le feu vert audacieux pour cet investissement, avait toujours déclaré qu'avec 350 000 visiteurs de moyenne, il serait parfaitement heureux... même quand la VO officielle tablait sur 500 000. Laurent Le Bon lui aussi, premier directeur et accoucheur du centre, répétait un chiffre de cet ordre là même au cœur de l'euphorie de l'ouverture (800 000 visiteurs la première année) puis d'une saison à 500 000.

 

Autrement dit, Pompidou a trouvé sa place dans un univers où la concurrence est devenue plus rude depuis les ouvertures du Louvre Lens, du Mudam de Luxembourg, du Mucem de Marseille, de Confluences à Lyon et même de la fondation Vuitton à Paris.

 

Ce type d'équipement est devenu un standard de prestige, un outil de lisibilité et de notoriété par le nom. Nancy le voit bien qui, malgré l'aura de sa place et de son architecture aimerait bien que son musée d'art moderne décolle enfin ou que le nouveau musée Lorrain prenne vraiment le relais. Resterait la question de la marque aujourd'hui tellement déterminante.

 

Samedi - Confisquée et ébranlée

Vie confisquée écrivions-nous la semaine dernière en évoquant les six ou sept dernières semaines de l’année 2018 et les conséquences directes ou indirectes du mouvement des gilets jaunes. Perception ébranlée aussi, il faut bien le reconnaître, de certains choix fondamentaux plus larges de nos sociétés économiques à tendance libérale.

 

La reprise du mouvement le week-end dernier avec ses aspects tour à tour caricaturaux, violents ou insupportables mais avec la même et lancinante question d’une nouvelle répartition de la richesse et des pouvoirs, nous démontre que les questions de fond ne se régleront pas avec des mesures de surface ou des concertations pour la forme ! C’est l’obligation d’inventer un autre type de réponse, de dialogue et mieux encore de confiance qui s’impose aujourd’hui. Une manière de rompre avec cette habitude séculaire qui consiste quand même, le plus souvent, à se foutre de la gueule du peuple (peuple au sens le plus noble du terme puisqu’il s’agit de la partie en marche de la société) en l’envoyant à la guerre ou au casse pipe économique, en le laissant aujourd’hui à l’écart des nouveaux profits avec un cynisme que la diffusion de l’information rend plus insupportable que par le passé.

 

Tout cela pourrait constituer un objectif intéressant et même enthousiasmant si le volet des violences ne venait rendre insupportable et surtout incompatible  ces démarches. Une violence qui s’est installée dans nos rues et aboutit à des scènes invraisemblables comme ce combat sur la passerelle samedi à Paris (référence ici à la vidéo de l'ex-boxeur Christophe Dettinger, aujourd'hui en détention provisoire pour avoir frappé des gendarmes lors de l'Acte VIII des gilets jaunes, ndlr) . Une violence (encore théorique mais pour combien de temps) du type OAS qui devient monnaie courante dans les invectives vis-à-vis des élus sous couvert bien sûr d’un anonymat qui est devenu le lot commun des cracheurs de haine virtuelle.

 

Le sujet en tout cas interpelle et cette période bousculée qui voit fleurir à travers le monde les réponses ou les opportunismes les plus divers. Elle donne lieu chez nous à un chamboule-tout intellectuel et politique dans lequel extrême-droite et une extrême-gauche sont forcées de reconnaître qu’elles se développent sur le même terreau et sur les mêmes ressorts parfois inavoués. Les partis classiques, eux,  sont paumés et le centre n’en finit plus de se chercher. Même les éditorialistes dans leurs proses diverses en arrivent, comme la semaine dernière dans le Point ou Marianne, à appeler Rome et l’Antiquité au secours, à commenter sous l’angle des gilets jaunes le dernier Houellebecq (Sérotonie) ou à rêver d'une France dont l'Europe n'aurait pas tué l'agriculture !

 

Dimanche - Angle droit mais aigu !

Fermeture définitive ! Encore une, mais peut-être sera-t-elle  fugace... même si rien n’est moins sûr. Elle concerne le magasin de commerce de textile G Raw installé depuis une poignée d’années à l’angle de la rue des Clercs et de la rue du Palais. Une enseigne de qualité sur deux niveaux plus une cave dans un bel immeuble de Metz.

 

Une image de créativité et de style que les fondateurs de la marque, au Danemark, cultivent avec régularité et avaient été traduite il y a cinq ans par la remise en production de mobiliers de bureau signés Prouvé pour leur nouveau siège.

 

Ceux dont les souvenirs du commerce messin remontent à 10 ou 15 ans vous parleront de la vitrine de « London Home », magasin de meubles de style anglais qui y resta installé pendant quelques décennies avant qu’une révision de loyer ne dissuade ses exploitants de poursuivre l’aventure. Ceux qui ont quelques étagères de plus dans leur armoire aux souvenirs vous parleront du magasin d’alimentation « Les Eco » situé au même endroit (l’enseigne en bleu et blanc, grande rivale des Coop collectionnait ce type d’emplacements en angle) et qui faisait face à une institution du commerce textile à Metz, les vêtements Siva installés dans les locaux actuels de Mac Donalds.

 

Les vêtements Fox Dorvaux occupaient l’angle qui est depuis quatre décennies au moins celui de la bijouterie joaillerie Noël. En face par contre, les années 60-70 ont été moins brillantes pour l’immeuble occupé actuellement par Kiabi et Flying Tiger : une petite période la Redoute, une autre Printania et de grands vides avant que la rénovation n’intervienne à la fin des années 80. Reste donc un angle droit libre et un point d’interrogation ! On va surveiller.

 

Lundi - En vœux-tu ?

Sans transition...comme le disait la marionnette de PPDA aux Guignols et comme continuent à le pratiquer les journalistes de l'audiovisuel quand ils enquillent (moi compris) dans leurs journaux les sujets les plus divers, notamment en cette période de vaches plus maigres de l'info, le cycle des manifestations a repris au lendemain des fêtes. Avec les vœux mais pas qu'eux !

 

Un mot néanmoins sur les vœux à Metz qui migrent cette année en des lieux nouveaux. Ceux de la Métropole comme du Département se déroulent au nouveau Centre des Congrès. Tant pis, dans le premier cas, pour Pompidou qui vient pourtant d'afficher un bon score.

 

Du côté de GL Events concessionnaire du parc expo comme des Congrès on s'en réjouit mais on prépare surtout les grands rendez-vous de l'année. Le salon Urbest affirmera fin janvier sa dimension Grand Est pour tout ce qui concerne l'équipement urbain et des collectivités (on ne sait pas s'il y aura un stand gilets jaunes sur l'art de démonter les grilles et la signalisation) alors que la Foire Internationale de Metz mettra cet automne le cap sur le Vietnam. Dépaysement garanti et une organisation qui marche à la baguette. Les dossiers de préinscription sont arrivés.

 

Agriculture : le bon sillon ?

En ces temps de débats et d'émois qui finissent par estomper même les élections européennes pourtant toutes proches, s'intéresser à des élections à la chambre d'agriculture et plus précisément de la Moselle pourrait sembler superfétatoire ! Il n'en est rien et le voyage, en ce lundi matin encore un peu brumeux vers Lesse, entre Rémilly et Morhange, pour assister à la présentation d'une liste, avait tout son sens. D'abord parce que cela fait sortir des chemins battus ou des routes sans cesse empruntées et permet de découvrir au passage qu'à Vatimont quelqu'un collectionne les Jaguar anciennes. Ensuite parce que la présentation a eu lieu dans le grand hangar de stabulation d'une ferme datant des années 1690 à Lesse. Celle d'Alban Grandidier dont la famille exploite cette entité depuis de nombreuses générations.

 

La liste est celle que conduisent Xavier Lerond et Estelle Pochat. 20 membres, issus pour une bonne part de la FDSEA et du syndicalisme agricole sans pour autant se retrouver dans des manières d'être égocentriques. Ici on veut du dialogue au sein de la chambre et avec les OPA (coopératives, mutuelles et autres) ainsi qu'avec les collectivités. D'où l'appellation «liste des Territoires et filières de Moselle.» On veut des filières efficaces et une nouvelle vision qui permette à l'agriculture de jouer toutes ses cartes et d'offrir des revenus aux agriculteurs. Plutôt tonique avec des hommes et des femmes de terrain.

 

Transition énergétique : Metz dans le top 3

La gare de Metz élue pour la deuxième fois comme la plus belle de France, l'hôtel Starck à venir, le vaisseau de Jean-Michel Wilmotte (centre des congrès) et la voile blanche de Shigeru Ban pour Pompidou... Jean-Luc Bohl a énuméré la liste sans grande surprise des sujets de fierté messins et métropolitains avec le Musée de la Cour d'Or par exemple mais aussi la reconversion de l'ancienne BA128 mais il a aussi apporté une information jusqu'ici peu connue.

 

La métropole de Metz qui a placé l'écologie urbaine et le combat environnemental au rayon de ses priorités a été classée par un institut européen  au troisième rang français des métropoles  en matière de transition énergétique. Pour sa citation finale concernant l'Europe il fera le saut jusqu'à Jean-Jacques Rousseau et laissera à Guillaume Apollinaire injonction de « rallumer les étoiles ».



6 réactions

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Par GREYHOUND
 • Observateur
17/01/2019 • 10:29

Bonjour à tous,

Cher Luc, mon pseudo n'est pas si compliqué que cela.

J'emprunte le nom d'une célèbre compagnie américaine de cars qui permet de relier très facilement, dans l'ensemble des États-Unis, le cœur des villes. Je l'ai fait en tant qu'étudiant, pour moi cela est symbolique, c'est à la fois la découverte, l'aventure, les rencontres, la modernité et l'esprit d'ouverture vers de nombreux domaines dont le développement des grandes cités.

Je suis citadin, j'aime la vie en ville avec tous ses avantages et ses inconvénients. J'ai eu la chance de vivre dans de grandes métropoles réparties sur plusieurs continents, cependant Metz reste ma ville de cœur, je n'y ai vécu que les dix huit premières années de ma vie.

J'ai un attachement particulier pour Metz, j'y vais une fois par an pour retrouver des amis, voir l'expo phare du Centre Pompidou, me balader à travers la ville, découvrir les changements et également bien me restaurer, il y a d'excellentes tables à Metz !

Les hôtels sont trop peu nombreux, pas un seul de véritable grand luxe, vivement Starck et bien d'autres encore si possible accompagnés de restaurants de haute gastronomie (on murmure une deuxième étoile pour C. Duffossé ...).

Je suis sensibilisé par les rivalités entre élus de la métropole messine, c'est pourquoi je pousse à fond vers l'obligation de changer les mentalités de beaucoup d'élus qui ne veulent pas changer de siècle et continuent à laisser leur ville s'endormir encore plus et disparaitre de la carte entre Paris et Strasbourg.

Les casernes c'est fini, place aux équipements nouveaux ! Comment se fait-il qu'entre la place de la République et la place Mondon ce soit encore un désert avec justement une vieille caserne et une résidence apostolique ? Une reconversion de ce quartier est obligatoire, urgente ! Des investisseurs privés sont prêts à y construire des équipements commerciaux, hôteliers et de loisirs, alors qu'attendez-vous messieurs les élus messins pour leur donner le feu vert ?

Peut-être Vigile se cache parmi eux, si tel est le fait, je comprend mieux les positions de notre sympathique retraité contribuable que je salue.

Bonne journée à tous et salut confraternel à JPJ. 

Par Luc
 • Citoyen
16/01/2019 • 21:48

Bravo Greyhound ( quel nom compliqué 😂😂)

Totalement d'accord avec ce que vous dites...

Metz doit poursuivre toujours et encore son développement. Il n'y a pas d'alternative.
La crainte qui est la mienne est que derrière vigile pour revenir à lui... Pourraient se cacher bon nombre d 'élus messins briguant la mairie en 2020...
Ces prises de positions sont assez proches d'un élu en particulier qui développe au fil des séances du conseil municipal ses arguments tout aussi caricaturaux et au final dangereux pour l'avenir de la ville.

Soyons prudents : rien n'est jamais gagné. Tout ou presque peut être déconstruit. 

Par GREYHOUND
 • Observateur
16/01/2019 • 17:36

Bonjour à tous,

Merci au citoyen Luc pour sa clairvoyance de ses encouragements destinés à notre habituel retraité contribuable qui sévit avec tant de pertinence : Vigile, MDR !

Ce charmant retraité n’aime pas beaucoup les journalistes, il ne m'aime pas, mes propos sont tellement différents des siens lorsque je traite des importantes et réelles transformations de Metz.

Vigile a du mal, beaucoup de mal à bien vouloir accepter que Metz change ainsi, qu'être une métropole impose d'être au même niveau que les autres métropoles, de changer les caractéristiques architecturales par rapport à son passé millénaire.

Tous les nouveaux équipements sont les bienvenus, il en faut encore beaucoup d'autres, ils viendront c'est certain, mais avec un nouvel état d'esprit des élus et surtout l'envie de continuer les changements.

Regardez les autres métropoles, elles ont aussi énormément été transformées par de nouvelles infrastructures, des moyens de transport modernes et particulièrement innovants, l'arrivée de grandes enseignes dans l'hôtellerie, le commerce, les divertissements et des services publics à la hauteur.

Dans toutes les grandes métropoles ça bouge, ça circule, ça s'anime presque 24h sur 24 !

Je regrette qu'à Metz les élus condamnent la voiture. Ainsi une grande ville sans embouteillages, sans métro, sans un réseau de bus densifié, sans grandes avenues pleines de boutiques, d'hôtels de toutes catégories, de restaurants et brasseries populaires et de luxe, sans cinémas et théâtres en nombre cela ne fait pas une métropole. C'est vrai que ça avance pour Metz, il reste encore beaucoup à faire.

L'expertise de Vigile y contribuera peut-être, à voir !

Merci à Luc de m'avoir ainsi permis de suggérer à Vigile d'être plus tolérant avec les gens de ma profession et de revoir ses commentaires peu élogieux dans la défense de sa formidable ville.

Une dernière idée : Je soutiendrais Vigile quand il proposera d'élire Metz parmi les plus belles villes du monde ... Lol !

Sans rancune Vigile !

Salut à mon ami JPJ 

Par Luc
 • citoyen
16/01/2019 • 10:01

Vigile vous dites "qu'attend-on pour..."

J'ai la réponse : c'est vous qu'on attend.

Pas mal non, je suis sûr que vous n'y aviez pas pensé.

Il faut que vous veniez aider tous ces incapables dont vous parlez, qui ne comprennent pas grand chose.

Votre expertise parait indispensable en pareil contexte 

Par Vigile
 • Retraité contribuable
16/01/2019 • 09:36

Article équilibré. Au moins il ne tombe pas dans l'admiration béate et ses arguments sont étayés.

Un commentaire: comment comprendre qu'une vague "métropole" se glorifie, à travers son président, des avancées obtenues à Metz, alors qu'elle n'y est pour pratiquement rien ? N'est-ce pas le signe que c'est une coquille vide ? Qu'attend-on pour fusionner toute les communes de l'agglomération et faire une belle grande ville de Metz ??

Ceci dit, le roman récompensé par le prix Goncourt 2019 me paraît bien tristounet et piètrement écrit. Une concession inadéquate à l'air du temps ? A oublier vite ! 

Par Messine
 • Retraitée
16/01/2019 • 01:17

Je fais le vœux de lire encore bien longtemps les éditos de JPJ. 

 
 

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