Metz

Les Bons Plans de
Laurent Zachayus, il le jure

Par Camille MALNORY • Journaliste à La Semaine • 15/01/2019 à 11h40

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En pleine réforme de la justice, Laurent Zachayus s'installe dans le fauteuil de bâtonnier du barreau de Metz à la succession de Marc Charret. Homme de verbe et profond défenseur d'une vision grecque de la Cité et de la justice, il prend ses fonctions avec « humilité et détermination ».

On ne saura pas grand chose de la vie personnelle de Laurent Zachayus. Le quinquagénaire, né le 28 mars 1963 à Metz, préfère segmenter les rôles et les titres, entre le privé, son cabinet d'avocat et son bureau de bâtonnier au siège de l'ordre des avocats. C'est dans ce dernier qu'il reçoit car on vient l'interroger en sa qualité de nouveau bâtonnier du barreau de Metz, sous un portrait de Hervé de Tocqueville, préfet de la Moselle au XIXe et père du philosophe et sociologue Alexis de Tocqueville. Il a débuté son mandat officiellement le 1er janvier 2019, même si pendant six mois, il a accompagné son prédécesseur, Marc Charret, aux conseils de l'Ordre et dans la gestion des dossiers. « Tout s'est fait dans une transparence totale pour une transmission sans césure. Il s'agissait d'une sorte de préchauffage et je fonctionne dans une continuité totale avec ses idées. »

 

Elu pour deux ans, Laurent Zachayus sait qu'il arrive « au cœur de la crise ». On lui a fait confiance pour toutes les missions du bâtonnier : « Représenter le barreau, régler les litiges entre confrères mais également entre avocats et clients. C'est une sorte de juge de paix », explique-t-il avant d'ajouter que son rôle désormais est de « redonner une place centrale à l'avocat dans la cité ». L'homme porte haut les valeurs de justice. Normal, il a grandi dans le « triptyque des valeurs républicaines » et « de défense du justiciable » dans une famille d'avocats... et de bâtonniers.

 

Son grand-oncle Myrtil Zachayus a occupé la fonction dans les années 50, puis son père Serge, en 2000-2001. Il ne faut pas non plus écarter le frère, David, qui travaille dans les mêmes locaux que lui, ni sa fille, actuellement en troisième année de droit à Lyon. Laurent est avocat « généraliste à dominante droit social » : « Ça s'est fait comme ça. A mes débuts avec mon père, il m'a confié les dossiers dans ce domaine. J'ai étudié dans les livres cette spécificité et je m'en occupe aujourd'hui » raconte-t-il. Il n'oublie pas non plus les temps passés dans les commissariats ou les Assises et ses débuts en tant que commis d'office. Il a également conseillé le footballeur Robert Pirès, mais ça, c'était avant.

En son intime conviction

Laurent Zachayus est inquiet, comme tous les avocats, même s'il se dit optimiste sur leurs capacités « à résister » contre la réforme de la justice voulue par la garde des Sceaux Nicole Belloubet. A cet instant, il faut noter que l'homme parle vite et avec cœur. Il en perdrait presque le souffle et ses mains, qui se joignent au discours, en tremblent d'adrénaline. Le nouveau bâtonnier, comme l'ensemble des ordres de sa profession mais aussi les magistrats, les greffiers et l'ensemble des professions juridiques parlent d'une seule voix. Une rareté.

 

« Cette réforme répond à des logiques uniquement budgétaires. Qu'il faille moderniser la justice, oui mais pas au détriment du justiciable et sans dialogue avec les professions juridiques*. Le maillage, tel qu'il se faisait actuellement, est un bon modèle. Le numérique est une bonne chose, tant qu'il reste un outil. »

 

Le discours n'a pas changé depuis plus d'un an : non à la dématérialisation, non aux “petits” litiges réglés via des plateformes numériques, non à des tribunaux locaux vidés de leur substance, non à la création de tribunaux criminels départementaux, sans jurés populaires – Maître Zachayus tient à une justice du peuple « en son intime conviction » -, etc. « On ne veut pas non plus de structure dédiée pour les commis d'office. Ce serait un risque de fonctionnarisation des avocats, et nous devons rester indépendants. »

Le devoir d'indépendance

L'avocat cite à de nombreuses reprises les Lumières et Montesquieu et accuse le gouvernement de toucher à la séparation des pouvoirs, un des fondements de la République Française. « Calquer les découpages de justice sur ceux de l'administration, c'est toucher à la séparation des pouvoirs. En accordant de nouveaux droits au Parquet, qui n’est pas indépendant (le projet de loi prévoit une extension de ses prérogatives notamment en matière d'allongement de garde à vue ou d’écoutes téléphoniques, ndlr) et en faisant cette réforme, je crains une main-mise de l'Etat. » Le mot est lâché.

 

Pour cet enfant du pays, « viscéralement attaché » à sa ville, l'avocat est un contre-pouvoir, mais aussi l'assurance d'une défense juste. Cette « vocation » comme il l’appelle, est faite de « sang, sueur et larmes », un métier en perpétuelle zone grise. Alors que le silence s'installe pour la prise de notes, professeur Zachayus prend la place du Maître pour s'assurer qu'on suit. Il a été chargé de TD en droit des sociétés pendant quatre ans à la fac de Sarreguemines, qu'il considère comme excellente.

 

Pour lui, le combat est obligatoire, afin de ne pas renier ni ses idéaux et ses valeurs ni son serment, prêté en 1986 : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. » Son discours, il le répétera encore et encore, faisant sienne une phrase de son père en plaidorie : « Je le répéterais jusqu'à ce que je risque d'être entendu. »
 

 

*Les professions juridiques avaient proposé des amendements au projet de loi initial auprès du Sénat. Le texte en est finalement ressorti expurgé à l’Assemblée Nationale.

 



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