Metz

Formation
Metz : les voyages forment les infirmiers

Par Camille MALNORY • Journaliste à La Semaine • 08/01/2019 à 15h45

Commentaire Envoyer Imprimer

L’Institut de formation aux soins infirmiers (IFSI) de la Croix-Rouge à Metz permet chaque année à ses étudiants de partir en Erasmus ou à l’international pour des stages de quelques semaines. Une plus-value pour les étudiants et une marque de fabrique de la formation, qui attire chaque année de nouveaux futurs infirmiers.

« Partout ailleurs, cela n'a rien à voir avec ce qu'on voit dans les hôpitaux français. » On s'en doutait, mais voilà pour le postulat de base. Ce vendredi 14 décembre, dans l'amphithéâtre de l'IFSI de la Croix-Rouge messin, ils sont une quinzaine de 3e année, venus tout frais nous raconter leur expérience. Qui à Stockholm (Suède), qui à Coimbra (Portugal), Valence (Espagne) ou Phnom Penh (Cambodge) et Hô-Chi-Minh-Ville (ex-Saigon au Vietnam – selon les étudiants, il paraît que les Vietnamiens préfèrent utiliser le nom pré-décolonisation de la ville). Ils ont encore les yeux « pleins d'étoiles » même si souvent, la claque a été grande, entre différences de moyens, nouvelles règles d'hygiène mais aussi habitus culturels, plus difficiles à appréhender. « On a soigné des gens dans les couloirs, le matériel qu'on rapporte parfois de France n'est pas adapté, le personnel médical ne l'utilise pas car il ne sait pas s'en servir », se rappellent Yannick et Stéphane, marqués par les plaies impressionnantes qu'ils ont dues traiter au Cambodge. « Ce qui nous a frappés au Vietnam, c'est la gestion de la douleur. Il n'y a pas de calmants, vu les événements difficiles qu'ont traversés les populations (le pays a connu des guerres et des périodes d'instabilité successives des années 30 à la fin des années 70, ndlr), ils estiment aujourd'hui qu'ils doivent supporter les choses, qu'il ne faut pas se plaindre. Lors des accouchements, il n'y a pas d'interaction avec la patiente, pas “d'empathie”, c'est très dur  », raconte Léa.

 

Pour ceux qui n'effectuent pas leur stage en Europe, l'IFSI impose des formations spécifiques, pour ne pas commettre d'impairs. Surtout que par le passé, des étudiants se sont retrouvés face à des imbroglios culturels compliqués : « Une étudiante avait tenu le bras d'un patient au Vietnam, une réaction très française. Son stage a failli être interrompu » précise Edouard Boban, responsable pédagogique.
Pour Jean-Baptiste, parti en Suède, l'un des aspects les plus difficiles d'un stage à l'étranger repose sur l'impossibilité d'interagir avec les patients à cause de la langue. « On ne peut qu'avoir un aperçu purement physique et pas de ressenti. Il y aussi la peur de se tromper dans les médicaments. » Si beaucoup avaient des interprètes pour certaines missions, la débrouille a rapidement été à la clé de l'action : apprendre quelques mots simples comme “douleur” et utiliser les gestes pour se faire comprendre. Les smartphones ont également « révolutionné » les échanges entre ceux qui ne parlent pas la même langue, grâce aux traducteurs en ligne.

 

La plupart, de l'Europe à l'Asie, se souviennent de l'économie qui doit être réalisée sur chaque compresse, chaque paire de gants et chaque aiguille. Souvent, il n'y a pas de matériel informatique, ou alors pas pour tous. « En France, on ne compte rien alors que là-bas, il faut faire très attention au matériel utilisé pour tenir la journée », explique Priscilla “Pris”, revenue du Portugal. « Après ce que j'ai vu au Vietnam, je ferais plus attention au gaspillage », ajoute Laure. Et finalement, l'hôpital français doit-il apprendre des autres ? Impossible d'éviter la question, qui s'amène rapidement.

Le patient hôpital

Car au-delà des moyens et des chocs culturels, plane aussi l'accueil des soignants et des stagiaires. Là, les anecdotes pleuvent et dessinent par opposition, une réalité toute française. « En Espagne, les infirmiers te font des câlins, ça n'arriverait jamais ici », « la bienveillance envers les stagiaires est énorme », « à Stockholm, le médecin-chef de cardiologie est venu me chercher pour me faire visiter le service », « ils discutent plus » ; « t'es mis rapidement dans le bain, parfois on m'a laissée toute seule », « ils sont beaucoup plus “cools” que nous », « plus pédagogue », etc, etc. « En France, tout le monde est sous pression donc on n'a pas toujours le temps pour les stagiaires. Il faut s'imposer, c'est parfois compliqué », tranche Adèle, revenue d'Espagne.

 

Pour certains, ce stage a été le premier pas en dehors du nid et un voyage d'apprentissage : sur soi, sur les gens, sur le groupe, sur le quotidien. Pour d'autres, c'était l'occasion de vivre une autre culture. Pour tous, partir et revenir permettent de se prouver qu'on en est capable, même s'il faut ensuite se « remettre dans le bain » et « reprendre les “bonnes habitudes” de soins “à la française” ». L'expression revient à de nombreuses reprises. « La France est très -trop- aseptisée par rapport à ce qui se fait ailleurs, on apprend aussi à prendre du recul », explicite Emma, infirmière aux urgences du CHRU Mercy depuis deux ans et passée par le cursus Erasmus en Espagne. Pour la jeune femme, partir accroît l’adaptabilité et permet de mieux faire la transition entre « étudiant et infirmier », puisque, le stagiaire a déjà dû la faire à l'étranger, tout simplement.

 

De là à partir travailler là-bas, peut-être pas. Stéphane retournera sans doute au Cambodge, « pour des missions ». Jean-Baptiste pourrait partir exercer à Stockholm, le service où il a effectué son stage le lui a proposé. De son côté, “Pris”, désormais lusophone, a déjà eu des offres à Luxembourg. « La mobilité fait exploser les compétences » appuie Edouard Boban, « elle permet de réinterroger sa pratique du métier et d'entamer une démarche réflexive. Il faut pouvoir comparer et relativiser. »

 

Chaque année, l'IFSI envoie et accueille des formateurs, étudiants mais aussi personnels administratifs des instituts et infrastructures partenaires. Pour le moment, cette opportunité est réservée aux étudiants infirmiers, « il faudra l'ouvrir aux aides-soignants, c'est en discussion ».

 

Après l'Italie, la Suède, l'Espagne, le Portugal, la Belgique, le Cambodge et le Vietnam, l'offre à l'étranger devrait normalement s'agrandir. Les partenariats avec le Sénégal et le Togo vont être rouverts – considérés comme trop dangereux ces dernières années- , le Burkina Faso va peut-être être ajouté à la liste. Histoire de poursuivre la longue tradition de la Croix-Rouge : celle d'aller voir l'Autre, où qu’il soit et d'en prendre soin.

 

Et pour les entrants
Martina et Valentina sont deux étudiantes italiennes.  Pour Valentina : « Le relationnel est très différent, il m’a aussi fallu comprendre les interactions entre les membres de l’équipe à l’hôpital. » Du côté de Martina, « j’ai trouvé un moyen, c’est de dire tout de suite que je suis une étudiante italienne et ça passe très bien. » La France, au niveau matériel, « représente le paradis » mais il faut tirer des conclusions des expériences dans les deux pays.

 

Photo : détail d'une des salles de cours de l'IFSI Croix-Rouge Metz


Réagir, Commenter, Répondre...

lire la charte des commentaires              Signaler un abus

 
 

Je m'inscris
à la newsletter
Jour de Semaine


 
En soumettant ce formulaire, vous acceptez de recevoir la lettre d'information quotidienne « Jour de Semaine »

Blognotez avec...

avec les journalistes, experts ou passionnés de La Semaine

Elle dévore !
Elle dévore !
Livres d\'enfants
Livres d'enfants
Les éditos
Les éditos
Pierre Tarib\'log
Pierre Tarib'log

 

Identifiez-vous

espace-abonnes_3.png

newsletter-new.jpg
contact-new-2.jpg
pub-new-2.jpg

Annonces judiciaires et légales