Cinéma

La critique de Fernand-Joseph Meyer
"Un violent désir de bonheur" de Clément Scheider, révolutionnaire

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 04/01/2019 à 17h45

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C'est d'abord l'ample titre de ce premier film qui nous allèche. Comme de la poésie brute frottée de philosophie crue. Ensuite on note que c'est un film historique pas comme les autres.

Rien à voir avec le plus qu'estimable «Un peuple et son roi» (Pierre Schoeller) ou le très décevant «L'Empereur de Paris» (Jean-François Richet). Ni décors fastidieux ni effets spéciaux pour nous dauber.
Clément Schneider  presque trentenaire entame un parcours prometteur de cinéaste avec un dispositif plus épuré que du Rohmer ordinaire.

 

 

C'est un épisode - fictif et finement documenté - jamais narré dans les manuels d'histoire. C'est la Révolution en Provence profonde. Une troupe de soldats débraillés, enivrés de Lumières et prêts à déloger partout la gent cléricale envahit un couvent tenu par six moines dont Gabriel. C'est le plus jeune et le plus angélique. C'est lui qui régente la communauté. Son lumineux parler jamais pétri de dogmatique vient très vite à bout des propos radicaux tenus par les révolutionnaires. Avant l'indolente irruption de Marianne (sic !), une magnifique mulâtresse d'apparence mutique qui les accompagne, on se laisse irradier par ce personnage de moinillon aussi sémillant que subversif. Il houspille les révolutionnaires trop zélés pour la destruction: « Où irez-vous quand il n'y aura plus que cendres et ossements ?»

 

Il n'en est pas pour autant raccord avec le polyvalent  Talleyrand qui fut le matois diplomate de Napoléon et qui déclara un jour que «celui qui n'a pas vécu au XVIIIème siècle avant la Révolution ne connaît pas la douceur de vivre et ne peut imaginer ce qu'il y a de bonheur dans la vie». La phrase inspira Bernardo Bertolucci pour un de ses plus beaux films : « Prima Della Rivoluzione» (1964) et on en retrouve quelques arômes dans le titre du film de Clément Schneider.

 

Gabriel entend cela d'une autre oreille. Il ne rejette pas les révolutionnaires ni leur mouvement qui est en train de se déployer sur le territoire. Il regarde, il écoute, il discute et il choisit l'ouverture et la nouveauté. Il troque la bure contre un uniforme militaire dépareillé. Il s'appelle désormais François. Il expérimente le bonheur. A commencer par la justice et l'administration des soldats. Puis avec Marianne, il tente l'amour au sens propre, c'est-à-dire à fleur de peau, de caresses et de rêves. Nus comme des vers luisant de jouissance, ils fendent le temps, balancent le passé et instaurent la sensualité. La bande-son les devance. Clément Schneider y a inséré Marianne Faithfull et Patti Smith. Le bonheur est plus que jamais d'actualité. Grâce à Clément Schneider qui, de plus, écrit à la merveille des dialogues intelligemment ciselés et à l'étonnant Quentin Dolmaire qu'on a découvert avec bonheur en 2015 avec «Trois souvenirs de ma jeunesse» d'Arnaud Desplechin. On le retrouve bientôt dans «Ulysse et Mona» de Sébastien Betbeder puis avec le cinéaste israélien Nadav Lapid.



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