Littérature

La chronique de Béatrice Arvet
"Swing time" de Zadie Smith aux éditions Gallimard

Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 30/12/2018 à 15h00

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Zadie Smith continue à puiser dans le nord-ouest londonien de son enfance, matière à observer la fabrique des destins. En suivant sur une trentaine d'années, une amitié fusionnelle, puis revancharde, entre deux petites filles passionnées de danse, elle trouve un angle original pour scruter la société anglaise, le métissage, le pouvoir de l'argent ou la relativité du succès.

À huit ans, elles dansaient en boucle sur les vidéos de Fred Astaire. Leur rencontre, en 1982, fait partie de celles qui impriment toute une vie. Studieuse, sérieuse, timide, la narratrice (N) est fascinée par Tracey plus jolie, douée, charismatique, inventive, mais également plus rancunière, manipulatrice et versatile. Elles sont métisses et rêvent d'une carrière à la Jeni Le Gon, pour laquelle elles s'entraînent avec toute l'énergie de leur jeune âge. La mère blanche de Tracey l'encourage dans cette voie, contrairement à celle de N., d'origine jamaïcaine, militante de gauche, autodidacte, ayant bataillé dans le but de se hisser au-delà de sa condition initiale, qui ne jure que par l'intellect et les études. La première intégrera une école spécialisée avant de tomber dans les pièges d'une trajectoire pourtant prometteuse, pendant que la seconde étudiera docilement la communication et deviendra l'assistante d'une chanteuse mondialement connue. L'une s'expose au public, veut entrer dans la lumière alors que l'autre, s'efface dans l'ombre d'Aimee, une star adulée, aussi exigeante que versatile.

Zadie Smith aime prendre les clichés à rebrousse-poils. Ses personnages ne vont jamais où on les attend et si les deux amies ne manquent aucune occasion de se saborder, ce n'est ni à cause de leur couleur de peau, ni du contexte social. Nées dans le même quartier, mais dotées d'une histoire familiale différente, elles n'entrent pas à armes égales dans la grande chorégraphie du monde. Avec une énergie qui swingue autant que le titre, l'auteur de " Sourires de loup " accompagne leurs mues, leurs tâtonnements, leurs échecs ou leurs prouesses.

Qu'est-ce que réussir sa vie ? La réalité ne s'appréhende pas de la même manière lorsque l'on vit dans le nord-ouest de Londres, dans un penthouse à  New-York ou dans une case en Afrique. Aimee, dont la gloire est planétaire et la fortune immense, permet le lien entre ces trois univers. En se toquant, un beau matin, de construire une école de filles en Afrique, elle embarque N. dans son projet, confrontant celle-ci à des racines qu'elle ne revendiquait pas, étrangère à l'idée que " chaque fait européen (ait) son ombre africaine ".

Par la voix de sa narratrice, Zadie Smith pose les questions, récurrentes dans son œuvre, de l'accomplissement de soi, de l'identité et de la part de déterminisme dans le destin. L'emploi du "je" donne à la narration un côté autocentré qu'il serait injuste de lui reprocher. Si la profusion des thèmes brouille parfois ses intentions, elle ne manque ni de souffle, ni de pertinence pour tenir le lecteur en haleine.

© Dominique Nabokov


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