Metz

Bénévolat
Maurice Melchior, cuore apassionato

Par Camille MALNORY • Journaliste à La Semaine • 10/07/2018 à 11h45

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Après huit ans de présidence du Collectif d’accueil des solliciteurs d’asile de Moselle (CASAM), Georges Jacquot a décidé de passer la main. Depuis avril, Maurice Melchior inscrit ses pas dans la suite de son aîné. Engagé de longue date, très impliqué dans les questions liées à l’immigration et à la demande d’asile, il veut poursuivre le travail à l’heure où les frontières se ferment et où la loi asile-immigration va rebattre les cartes.

Cour du Languedoc, il est 9h, ce lundi matin. La permanence du Collectif d’aide aux demandeurs d’asile vient d’ouvrir. Les bénévoles font le bilan dans les bureaux. Plusieurs tables sont installées pour accueillir les demandeurs d’asile et les aider à remplir leur demande auprès de l’OFPRA, ou les recours au CNDA. L’année 2017, dont l’association vient de tirer le bilan lors de l’assemblée générale de mars dernier a été particulièrement chargée. 696 dossiers ont été ouverts sur les deux sites du CASAM, à Hayange et Metz. Sans compter les heures de français dispensées à près de 200 personnes qui viennent régulièrement dans les locaux, et les questions auxquelles les bénévoles tentent sans relâche d’apporter des réponses, les traductions, les aides à l’emploi.

 

Celui que l’on vient voir a posé ses dossiers, ses lunettes et ses bouquins au troisième étage. Maurice Melchior vient de prendre la tête du CASAM après un renouvellement du bureau. Georges Jacquot a laissé la place libre après huit ans passés dans le siège de président. La transmission a été faite ensemble, d’ailleurs « Georges » n’a pas quitté le CASAM. Il fait toujours partie des accueillants.

 

Maurice Melchior est sollicité de toute part, on vient chercher un interprète en allemand, puis en arabe. « Nous ne serons jamais trop nombreux, surtout au niveau des interprètes. » Il est adhérent au CASAM depuis cinq ans, avant de devenir un membre plus actif après sa retraite, prise en 2016 : accueillant, membre du conseil d’administration, aujourd’hui président. Il sourit lorsqu’on lui demande pourquoi lui. Il n’ose pas nous répondre « pourquoi pas ! » mais avance que « peut-être était-il celui que les membres ont vu comme correspondant le plus au poste ».

Chiliens, Algériens, humains

Né en 1953 à Longeville-lès-Metz d’un papa maçon et d’une maman couturière venus du Frioul, à la frontière entre l’Italie, la Slovénie et l’Autriche, son cœur de jeune professeur de math bat depuis longtemps pour l’engagement militant. Syndicaliste CFDT dans l’enseignement privé puis public, il s’engagera ensuite auprès des réfugiés chiliens fuyant le régime de Pinochet après le coup d’Etat de 1973, des syndicalistes polonais du SOLIDARNOSC, victimes de répressions, puis des réfugiés de la guerre civile algérienne (1991-2002).

 

Entré à 10 ans au lycée Fabert, « l’époque était différente alors, après le CM2, les filles allaient à Georges de La Tour et les garçons à Fabert », il y sera enseignant en fin de carrière. « Au moment de mon départ à la retraite, le proviseur a sorti mon cahier de CM2 qu’il avait encore dans les archives. » L’anecdote nous a fait rire, lui se dit « amusé », mais il a l’œil plein de malice. Avant ça il a navigué à Briey et au sein du réseau d’éducation prioritaire à Woippy. « Je coordonnais l’apprentissage auprès des enfants non-francophones. » Le CASAM est « encore une étape » dans sa vie engagée qu’il se voit bien continuer jusqu’à ce que ses jambes le lâchent.

Société du spectacle

Comme un complément, il est aussi membre du réseau Welcome, qui apporte une réponse moins administrative, plus quotidienne aux demandeurs d’asile. « J’accueille deux fois par an un réfugié chez moi pour une durée d’un mois. On ne mélange pas les choses, mais travailler avec les autres acteurs du réseau solidaire messin nous permet d’avoir des synergies. »

 

Père de quatre enfants - qui « [le] sollicitent aussi, ma dernière a seulement 20 ans » - , il vient de valider un master d’histoire et d’épistémologie des sciences et se rend tous les trois mois en Italie, voir sa mère. Cette Italie mouvante lui est chère, lui le Franco-Italien, qui vote dans les deux pays et consulte chaque matin Le Monde et La Repubblica, quotidien d’actualité italien. Il n’aime pas parler de racines, ni d’identités, car les mots et leurs images sont galvaudés, trop récupérés, trop figés. « Je lui préfère l’image du fleuve dont les eaux sont la rencontre de plusieurs affluents. » Grand lecteur des situationnistes, Il fustige l’actuelle politique plus encline à la posture qu’à de réels débats argumentés, cette « société du spectacle, la monstration, on se croirait au café du commerce ! » Sans parler du gouvernement italien et de son ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, membre de la Ligue du Nord (extrême-droite) et qui a fait une entrée fracassante dans le paysage médiatique français lorsque l’Italie a fermé ses côtes à l’Aquarius. « C’est un Trump, il tweete, mais il n’y a rien derrière ! »

Asile et immigration

Lui « l’Européen convaincu et qui le restera toujours » regrette l’absence d’une Constitution qui établirait clairement les choses. « Il faut permettre aux gens de partir et de demander l’asile. Le droit à la mobilité est fondamental. »

 

En colère, il sait aussi que le CASAM devra composer avec la nouvelle loi asile et immigration de Gérard Collomb (en discussion au Sénat) qui prévoit notamment la réduction des délais de recours. « On aurait déjà dû commencer par faire le bilan de la loi asile d’Hollande. La loi Collomb mélange tout. Il est nécessaire de réfléchir aux questions d’immigration, mais indépendamment et sans restreindre le droit d’asile. »

 

Avant de nous serrer la main et de retourner au front, il nous mentionne aussi qu’il adore le jazz (furieux), le rock (les Clash et les Doors) et les polars qu’il lit dans les deux langues. Sinon il vient de finir Mai 68, une histoire collective de Philippe Artières et Michèle Zancarini-Fournel. Ah, et il lit en ce moment Faire l’Europe dans un monde de brutes d’Enrico Letta. Cuore apassionato, on a dit, cœur engagé.

 



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