Cinéma

La critique de Fernand-Joseph Meyer
"Trois jours à Quiberon" de Emily Atef, à voir sans faute

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 03/07/2018 à 18h00

Commentaire Envoyer Imprimer

« Je suis une femme malheureuse, j'ai 42 ans et je m'appelle Romy Schneider. »

C'est ainsi que l'actrice austro-germano-française se présente au  journaliste Michael Jürgs avide de propos cinglants pour son hebdomadaire «Stern» en avril 1981 ; il venait la rencontrer à Quiberon où l'actrice effectuait une cure de thalassothérapie alors qu'elle était en plein divorce avec Daniel Biasini, père de sa fille Sarah. Le journaliste est accompagné du reporter-photographe Robert Lebeck que Romy Schneider connaît depuis quelques années et qui sait l' «immortaliser» avec bonheur. Les mots sont prononcés par Marie Bäumer, l'actrice confondante de justesse qui «joue» Romy Schneider sous la direction d'Emily Atef - cinéaste franco-iranienne qui a grandi à Berlin - dans un film franco-austro-allemand qui n'a rien d'un vulgaire «biopic» puisque le scénario s'attarde juste sur trois journées d'un séjour breton tumultueux à la fois pour les outrances subies et les souffrances vécues par l'actrice.

 

 

Le film est davantage un irradiant «portrait de dame avec groupe» en noir et blanc - titre d'un film de Romy Schneider qu'Aleksander Petrovic adapta d'un roman d'Heinrich Böll en 1976. Un portrait en creux comme celui que Louis Malle fit de Brigitte Bardot dans «Vie privée» (1964) traité comme la plaque photographique ultra-sensible d'une femme meurtrie, perdue et totalement inassouvie par ses prestations de mère toujours décalée. Juste avant la cure, Romy Schneider a tourné «Garde à vue» (Claude Miller) et, là, elle prépare ce qui sera son ultime film, celui qu'elle a initié elle-même, «La Passante du Sans-Souci» réalisé par Jacques Rouffio (d'après le roman Joseph Kessel), et qui fut pour elle une énième tentative pour déclarer au monde entier qu'elle n'est pas «Sissi...» et qu'elle est la fille de parents qui ont su composer avec la bande à Hitler puis manipuler la presse du caniveau avec ses frasques sentimentales et ses reniements de citoyenne allemande.

 

Le film est entièrement attaché à son «héroïne»  mais ce n'est jamais une hagiographie enflée de pathos pour de myopes fan-clubs. Ecrit et filmé comme une fiction, le travail d'Emily Atef prospère en noir et blanc à partir de celui de Robert Lebeck que Romy Schneider appelait affectueusement «Lebo» alors qu'il lui répondait avec un complice «la belle». Le film nous trouble et nous fascine non seulement par le jeu tout en frémissements et en silences de Marie Bäumer mais surtout par la délicatesse avec laquelle la cinéaste filme son personnage d'actrice flamboyante en proie à des démons qui l'égarent sur des chemins que Romy Schneider savait arpenter avec tact. Mais là, on va la revoir dans «Le Combat dans l'île» (Alain Cavalier, 1961) et dans «La Voleuse» (Jean Chapot/Marguerite Duras, 1965)... en noir, en blanc et en grâce...

 



Réagir, Commenter, Répondre...

lire la charte des commentaires              Signaler un abus

 
 

Je m'inscris
à la newsletter
Jour de Semaine


 
En soumettant ce formulaire, vous acceptez de recevoir la lettre d'information quotidienne « Jour de Semaine »

Blognotez avec...

avec les journalistes, experts ou passionnés de La Semaine

Les éditos
Les éditos
Tout foot !
Tout foot !
Cinéblog
Cinéblog
Elle dévore !
Elle dévore !

Identifiez-vous

espace-abonnes_3.png

newsletter-new.jpg
contact-new-2.jpg
pub-new-2.jpg

Annonces judiciaires et légales