Economie

Transfrontalier
La démographie va-t-elle étouffer l'économie de l'espace transfrontalier ?

Par Jean-Pierre JAGER • Journaliste de La Semaine • 03/07/2018 à 15h00

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« Tous les feux sont au rouge » analyse l'AGAPE, agence d'urbanisme spécialisée notamment dans l'observation des phénomènes transfrontaliers. En plus des blocages dus aux questions de mobilité et d'explosion du trafic marchandises, la perspective d'une crise démographique touchant la population active se profile en Allemagne mais aussi dans le Grand Est. De quoi compliquer encore la question transfrontalière et constituer une menace globale pour l'économie de la Grande Région.

Longtemps alimentée par une démographie en croissance globale, l'économie de la Grande Région (Lorraine, Luxembourg, Sarre, Rhénanie Palatinat et Wallonie) a pu se développer au cours des quinze dernières années malgré ses déséquilibres locaux et ses paradoxes comme celui de l'explosion du travail frontalier. Demain ce ne sera plus le cas nous dit l'étude de l'AGAPE avec des information puisées aux sources des différents pays.

Le constat et la projection

• La population des 15-64 ans va notamment s'effondrer en Rhénanie Palatinat (moins 485 000) avec même une baisse globale de la population ( moins 152 000). Idem en Sarre avec – 115 000 et – 119 000.

 

• Dans la région Grand Est, au cours de la même période 2014-2035 la population devrait croître de 143 000 habitants mais le nombre des 15-64 ans baisser de 207 000, la situation étant un peu meilleure dans les deux départements frontaliers du Luxembourg, mais on y reviendra.

 

• Face à cette décroissance à visages multiples, la Wallonie de son côté gagnera des habitants de manière assez spectaculaire (+ 366 000)  mais enregistrera aussi une croissance de sa population active : + 34 000. Pour sa population globale, la région passera devant Rhénanie Palatinat avec un total de 3 942 000 habitants en Wallonie contre  3 841 000 en face.

 

• Reste le mouton à cinq pattes qu'est et sera encore plus demain le Luxembourg : la population devrait y croître de 126 000 habitants d'ici 2035 pour atteindre 675 000 personnes  avec un nombre  des 15-64 qui grimperait de 56 000 unités et la création de 132 000 emplois, d'où l'appel plus que jamais nécessaire à de la main d’œuvre extérieure. Dans tous ces cas, c'est la moyenne entre les hypothèses hautes et basses qui a été retenue.

Question prioritaire

Voilà donc l'essentiel du message que l'AGAPE entend diffuser comme elle l'avait déjà fait l'an dernier devant les élus du Sillon Lorrain mais qu'elle a aujourd'hui synthétisé dans un document, « l'infobservatoir ». Une phrase en guise de conclusion de l'éditorial estime que « la question transfrontalière devenue une question politique majeure doit devenir aujourd'hui la question prioritaire ».

 

L'analyse  d'Aurélien Biscaut, directeur de l'agence et de ses collaborateurs face à cette problématique du travail et du phénomène transfrontalier aboutit à la conclusion que c'est du côté de la France que va avoir lieu le plus grand appel d'air en matière d'emplois, que ce soit vers la Sarre ou bien sûr vers le Luxembourg. « 70% des nouveaux frontaliers vers le Luxembourg partiront de France. La Wallonie, malgré sa bonne santé démographique devrait rester sur un flux en progression mais sans exploser. La Sarre, malgré sa baisse démographique  gardera son flux vers le Luxembourg mais devra pêcher de façon désespérée au-delà de la frontière pour ses propres industries et activités ». D'où la stratégie France mise en place avec des arrière-pensées qui ne sont pas que culturelles.

La France cruciale

La France et notamment le nord Lorrain devront donc répondre à une progression de 72 à 132 000 nouveaux frontaliers au Luxembourg d'ici 20 ans ! Un eldorado de l'emploi qui attire déjà aujourd'hui des habitants à destination transfrontalière venus d'autres régions du pays. Des habitants qui continuent certes à venir des grandes agglomérations de Lorraine mais aussi, de plus en plus, de secteurs à caractère diffus rendant plus aléatoires les efforts de transports en commun.  

 

Le fait que ce trafic risque de se conjuguer avec l'augmentation des flux de marchandises prévue sur l'axe nord-sud et notamment l'explosion des transports de conteneurs susceptibles de passer de 250 000 actuellement à 1 million en 2030 n'arrange rien.

 

On notera néanmoins que sur la question des mobilités une première esquisse de langage et de mesure communes existe dans l'étude des pistes multimodales sur les 4 pays. Une étude lourde de 2,9 millions d'euros financée à 60% par l'Europe et qui constituera un vrai tableau de bord...en 2021.

 

Il n'en reste pas moins vrai que la problématique est aujourd'hui celle d'une autre manière de prendre en compte cette question « il est urgent de réfléchir et de penser transfrontalier  plutôt que de rustiner le territoire» dit l'Agape.

 



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