Metz

La critique de Béatrice Arvet
" PAR LES RAFALES " de Valentine Imhof aux Éditions du Rouergue

Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 20/06/2018 à 15h00

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Valentine Imhof convoque musique, littérature et action dans une balade vengeresse orchestrée, pour une fois, par une femme. Cela donne un thriller haletant qui nous emmène aux confins de la folie. Ce premier roman à l'énergie suffocante, très sombre, dévoile un talent prometteur.

Elle a la rage Alex et mieux vaut ne pas l'approcher de trop près sous peine de la faire sortir de ses gonds. D'ailleurs ce musicien américain, après lui avoir raconté un tas de bobards alors même qu'elle savait très bien qui l'avait envoyé et pourquoi, vient de payer de sa vie. C'était lui ou elle, et elle l'a drôlement amoché. La tête qu'il a fait quand il a découvert son corps entièrement couvert d'un texte tatoué en minuscules lettres indéchiffrables. En tout cas, c'est la troisième fois qu'elle neutralise ses poursuivants. Ils ont beau se mêler à la foule des concerts auxquels elle assiste comme journaliste free lance, elle les a toujours repérés. Constamment sur la défensive, elle ne trouve d'apaisement que dans les bras d'Anton, son amant messin, l'anti-macho qui a su la séduire et, parfois, dans ceux de Bernd à Gand, qui grave sur sa peau des extraits d'une littérature aussi poétique que morbide. Pendant ce temps, quelque part en Écosse, l'enquête du sergent McLeish, sur un meurtre mystérieux survenu le soir de la fête des Vikings, avance doucement, mais sûrement.

 

Auteur d'une biographie de Henry Miller, Valentine Imhof n'avait pas prévu d'écrire un roman, encore moins un thriller. Les premières phrases sont venues à elle un beau matin et elle a continué pour voir où elles la menaient. De Metz à Terre-Neuve en passant par Gand, les bayous ou les îles Shetland, elle nous plonge à un train d'enfer dans l'univers d'une héroïne déjantée, bouffée par un secret qu'elle n'a jamais partagé avec personne.

Malgré les nombreuses embardées du personnage, l'intrigue tient allègrement la route. Et si l'on devine assez rapidement l'origine du ressentiment d'Alex, le suspense fonctionne jusqu'à la fin, où l'on espère une rédemption pour cette femme dévastée, qui s'est mise sous la protection de Loki, le Dieu destructeur de la mythologie norvégienne. Accompagnée d'une bande-son maniaco-dépressive et de références littéraires tout aussi tortueuses, la violence s'exprime ici par une écriture ravageuse, expulsant une fureur douloureuse, noire comme un élixir mortel. Musique, alcool, sexe et rock'n roll servent d'exutoire à la peur, la haine qu'Alex trimballe en permanence. Où Valentine Imhof puise t-elle cette noirceur ? Peu importe en réalité, puisqu'elle réussit à transcrire cette frénésie justicière avec une originalité érudite, qui place son polar au cœur de la littérature.

© Erwan Lefèbvre


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