Nancy

Les Bons Plans
Françoise Rossinot devient déléguée générale de l'Académie Goncourt

Par Pierre TARIBO • Journaliste de La Semaine • 10/06/2018 à 10h15

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Elle devient l’administratrice du prix littéraire le plus convoité du monde francophone : le prix Goncourt.

Françoise Rossinot traverse l’entre-deux conduisant du Livre sur la Place dont elle est toujours la commissaire générale, au poste de déléguée générale de l’Académie Goncourt avec le  bonheur pudique de ceux qui évitent  la théâtralité des sentiments.

 

La voilà donc qui pense à aujourd’hui et commence à imaginer demain. La passerelle entre les deux est construite de livres, de volonté, d’envie permanente de bien faire les choses en évitant la mise en lumière et les longs poèmes de soi.

 

Passer à confesse n’est pas  une épreuve pour l’ancienne journaliste qu’une remontée aux sources aide dans cet exercice à base de gourmandise pour la vie des autres.  Alors sans apprêt mais avec le filtre de la retenue, elle raconte. « C’est tellement inattendu, le coup de fil de Bernard Pivot restera l’un des grands moments de mon existence. Il m’a dit : “je ne sais pas si vous êtes assise, je vous appelle au nom des dix académiciens pour savoir si vous acceptiez de nous rejoindre”. Je lui ai répondu que c’était un honneur mais que je préparais la 40e édition du Livre sur la Place. »

 

Les Goncourt savent l’importance du rendez-vous de septembre pour lequel Françoise Rossinot s’active depuis plusieurs mois. Elle franchira donc la colline lorsque le plus grand salon littéraire de la rentrée sera terminé. Le temps de tout préparer, y compris et en premier lieu, une transition douce. « Je veux mettre en place, après accord du maire, Marie-Madeleine Rigopoulos. Je pense que c’est la première programmatrice de France. Cela fait cinq ans que nous travaillons ensemble. C’est à Laurent Hénart de choisir mais j’ai une petite équipe formidable et Marie-Madeleine est vraiment très compétente. L’idée, c’est que je parte le 1er octobre et que j’accompagne le changement sans encombrer ni gêner ceux qui prennent la succession. »

 

Elle s’exprime avec justesse et bienveillance. Avec un peu de douceur mélancolique aussi, comme lorsqu’un enfant s’éloigne. Elle ne gardera pas la main sur une manifestation qu’elle a portée au sommet mais dont elle précise n’avoir été qu’un maillon qui s’inscrit dans la généalogie de l’événement.

 

Une histoire s’achève, une autre commence. Il n’y a pas de mise en scène de l’attente, juste une projection du futur qui n’occulte ni le temps d’avant où il a fallu opérer avec ambition et application ni le présent dans lequel elle occupe toujours une place centrale. La suite est en arrière-plan, pourtant elle envahit déjà le décor.

« J’en ai eu envie »

« Le prix Goncourt, c’est un sanctuaire. C’est le moment fabuleux où l’on se dit que la France est la patrie de la littérature. J’ai un véritable attachement aux Goncourt et cette fonction va renforcer le lien. N’oublions pas que les archives Goncourt sont à Nancy. L’attribution du prix à Marcel Proust, la démission d’Aragon, les photos de Colette au milieu des Goncourt et tant d’autres trésors sont ici. »

 

Dans l’immédiat Françoise Rossinot préserve les équilibres et tempère les émerveillements. Oui elle est heureuse de ce qui lui arrive, flattée aussi de l’unanimité qui s’est faite sur son nom, mais pas question de tomber dans une phase narcissique qui ne lui ressemble pas. « Les académiciens ne savaient pas si j’accepterais. Je suis tombée des nues, j’ai réfléchi un peu, mais très vite j’en ai eu envie. C’est un chemin qui continue. Dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais pensé à ça. Mais, jusqu’au Livre sur la Place, il ne se passe rien. Nous présentons la 40e édition, la semaine prochaine chez Drouant mais cela n’a rien à voir. »

 

Est-elle perçue comme légitime ? Son parcours, sa vie personnelle, la fréquentation des palais de la République, l’ont familiarisée avec les méandres, les hypocrisies et les salamalecs des jeux de société comme des danses de salon. Mais qui pourrait remettre en cause sa passion pour la littérature dont l’enfance est le point de départ, sa crédibilité, sa trajectoire impeccable et sa montée en puissance qu’aucune faute n’est venue ralentir ?  « Je connais le monde littéraire à fond mais je suis indépendante de tous les éditeurs. » Elle a du flair – on le voit tous les ans avec la programmation du Livre sur la Place – du savoir-faire, possède l’intelligence des idées sans avoir à déployer l’art de la stratégie dont elle saura user si besoin dans quelques  mois.

Une vocation

Sa force, c’est d’avoir retenu l’attention avec la manière dont, avec sa minuscule équipe, elle a développé cette merveille qu’est devenu le Livre sur la Place. D’un engagement elle a fait une vocation. D’où le dilemme devant lequel elle s’est trouvée. Un choix aussi compliqué, presque douloureux, que celui qui l’a, jadis, éloigné du journalisme. « Je n’ai jamais dissocié l’amour du journalisme et des livres. » Quant au nom qu’elle porte, il fait que des gens s’intéressent à son travail mais il ne lui a rien donné, sinon la certitude d’être attendue au tournant.

 

Pour devenir déléguée générale de l’Académie Goncourt, elle a pu compter sur un travail patient, régulier à la mesure de ce qu’elle cherche et de ce qu’elle veut. « J’ai des souvenirs extraordinaires : Hervé Bazin me racontant son enfance, j’ai été très proche d’Edmonde Charles- Roux, François Nourissier m’a beaucoup appris. L’Académie Goncourt a accompagné quarante ans de ma vie. Il y a une vraie tendresse et infiniment d’émotion. »

 

Françoise Rossinot est à sa place. Dit ainsi, c’est une banalité. Mais ce qu’il faut voir ce sont les mécanismes mis en œuvre pour en arriver là : du tact pour gérer les ego, de l’investissement, la faculté de se réinventer à chaque édition et la reconnaissance des avertis comme des lecteurs occasionnels.
La courte échelle est tirée, les Goncourt ne se sont pas trompés.

 

Infographique par Camille Malnory


1 réaction

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Par M.P.G.
 • Ben... Ça dépend...
10/06/2018 • 16:51

Bonjour madame Rossinot,
Toutes mes félicitations et mes meilleurs voeux vous accompagnent.
Grâce à vous, la Lorraine est fière.
Me permettez-vous un peu de Jean d'Ormesson? Au bonheur de Dieu p.116 - fOLIO
"Elle livrait avec candeur son terrible secret. C'était le secret de chacun: aucun de nous n'est jamais rien d'autre que ce que le monde autour de lui a décidé qu'il est."
Et puis le BOUDDHA:
« Quand des hommes, même s'ils l'ignorent, doivent se retrouver un jour, tout peut arriver à chacun d'entre eux et ils peuvent suivre des chemins divergents. Au jour dit, inéluctablement, ils seront réunis dans le cercle rouge.» 

 
 

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