Nancy

L'édito de Pierre Taribo
Ratissage large ou pêche en profondeur ?

Par Pierre TARIBO • Journaliste de La Semaine • 07/06/2018 à 17h00

Commentaire Envoyer Imprimer

Souvent les réformes engagées ont en commun de battre le tambour plus que de bouleverser le pays. D’ailleurs, il y a souvent beaucoup de mise en scène et de trompe-l’œil.

Depuis l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron l’impression générale est celle d’un sprint, une sorte de mouvement perpétuel. Le président et les siens ne ralentissent jamais. Ils empilent les lois, accélèrent en permanence, agissent sur la scène d’un théâtre sans fin.

 

L’opposition, Jean-Luc Mélenchon essentiellement, s’époumone à dénoncer les dangers que font courir au service public des choix néfastes et dangereux mais, pour le moment, elle n’est pas en situation de se mettre en travers de la route du pouvoir macronien. Si bien que le rideau  tombe toujours sur ses morceaux épars.

 

Laurent Wauquiez  était présenté comme un acteur principal qui allait brûler les planches, le voilà, pour l’heure, réduit au rôle de figurant. S’ils veulent voir pousser des cactus sur le champ de la décision présidentielle, Les Républicains doivent vite ajuster leur répertoire et s’y prendre autrement. Reste à savoir si Emmanuel Macron ratisse plus large qu’il ne pêche en profondeur. Avec la réforme de la SNCF on ne va pas tarder à connaître la réponse. Depuis toujours, la France est rétive au changement dont elle redoute les effets. A chaque tentative de transformation, il y a des crises, des grèves, des crispations. On s’affronte, on discute, des positions inconciliables s’opposent et, au bout du compte, ce sont les usagers qui subissent les conséquences des blocages.

 

L’opinion observe et se lasse. Pour elle la grève saucissonnée des cheminots qui aurait coûté  quelque 400 millions d’euros, est une extravagante anomalie. Alors que va-t-il se passer ? Le président, prototype du chef en régime présidentiel,  va-t-il, tel un pilote audacieux et précis, effacer les obstacles ? On va le vérifier après le vote du projet de loi par le Sénat qui ne s’est pas privé d’amender le texte. Ainsi, le gouvernement a-t-il accepté que les capitaux de l’Etat soient incessibles, ce qui coupe court à toute velléité de privatisation. D’autre part, le transfert des cheminots de la compagnie nationale vers des opérateurs privés  en cas de cession du contrat d’exploitation sur certaines lignes, est encadré par de sérieuses garanties comme le maintien des avantages salariaux, sans oublier que l’Etat reprend à son compte une grande partie de la dette de la SNCF.

 

Ces avancées peuvent-elles conduire à une sortie de crise. Trop tôt pour l’affirmer. D’abord parce que la commission mixte paritaire doit entériner les aménagements validés par les sénateurs. Ensuite parce que les syndicats répètent à l’envi, qu’il n’est pas question de stopper le mouvement car aucune de leurs craintes n’a disparu.

 

Nous voilà, une fois de plus, en pleine bataille des symboles. Pourtant, moderniser, en finir avec des dispositions vétustes et complexes, n’annonce pas un autodafé des droits sociaux dans l’entreprise publique. Mais c’est oublier qu’on s’attaque au cœur du pouvoir syndical, ce qui ne va pas sans soubresaut.
Exiger le retrait pur et simple de la loi, est une fadaise à laquelle personne ne croit. D’ailleurs, plutôt que de succomber à la tentation de l’irréalisable, mieux vaudrait revenir dans le monde réel du dialogue et de la négociation.

 

Du côté du pouvoir, il ne faut pas confondre fermeté et autoritarisme, volontarisme et ignorance des précautions d’usage pour, au moins, respecter les formes sans se renier. Aujourd’hui, Emmanuel Macron, le réformateur impérieux tient bon. Et lorsqu’il lâche du lest pour arrondir quelques angles, il le fait sans avoir l’air de remettre en cause des choix téméraires qui imposent pourtant d’associer le nécessaire et le possible. Alors ratissage large à l’impact un peu surévalué ou pêche en profondeur ? Réponse bientôt.



Réagir, Commenter, Répondre...

lire la charte des commentaires              Signaler un abus

 
 

Je m'inscris
à la newsletter
Jour de Semaine


 
En soumettant ce formulaire, vous acceptez de recevoir la lettre d'information quotidienne « Jour de Semaine »

Blognotez avec...

avec les journalistes, experts ou passionnés de La Semaine

Pierre Tarib\'log
Pierre Tarib'log
Les éditos
Les éditos
Livres d\'enfants
Livres d'enfants
Elle dévore !
Elle dévore !

Identifiez-vous

espace-abonnes_3.png

newsletter-new.jpg
contact-new-2.jpg
pub-new-2.jpg

Annonces judiciaires et légales