Economie

Portrait d'entrepreneurs
Yann Thomas, gérant de Microhumus : l’homme qui fait de la terre avec des cailloux

Par Pierre TARIBO • Journaliste de La Semaine • 04/06/2018 à 17h40

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Le gérant de Microhumus dont le siège est à Jarville, a, avec son équipe de chercheurs, transformé une start-up en leader mondial de la restauration des sols dégradés.

D’abord l’homme. Dans un champ lexical un peu technique, gestuelle et empathie à l’appui, il vous entraîne dans le truc. Le personnage est facile, accessible. Il croit en ce qu’il fait et, même si c’est loin d’être courant, il sait faire partager sa passion. La preuve on en connaît désormais un rayon sur l’ingénierie pédologique (la géoscience qui étudie la formation et l’évolution des sols)…

 

Son parcours ensuite. Il fait ses études à l’ICN, devient directeur commercial, notamment à l’étranger. Lorsqu’il revient en France, Yoann Thomas rencontre deux chercheurs nancéiens qui ont mis au point des techniques de caractérisation des matières organiques et des sols. Une collaboration naît autour de cette technique de pointe. « Un expert judiciaire nous a contactés pour essayer de comprendre comment une station d’épuration colmatait. A partir d’un morceau de la pâte qui empêchait la station de fonctionner , on a pu identifier la cause. Au début, nous n’étions que laboratoire. Puis on a été contacté par la police judiciaire de Toulouse pour identifier d’où venait la terre prélevée sous une chaussure. Parallèlement, on s’est transformé en bureau d’études spécialisé dans la formation des engrais organiques avec pour objectif l’amélioration de la qualité des sols agricoles. »

Galop d’essai à Abu Dhabi

Microhumus n’existe pas encore mais dans l’embryon de start-up on voit apparaître des idées, l’attrait de l’innovation et les compétences pour, à partir d’idées, aboutir à la fonctionnalité du concept. Le coup de pouce est donné par la Chambre de commerce. Yann Thomas raconte. « Ils nous ont accompagnés à l’export. On était à peine trois dans notre bureau d’études. Ils nous ont dit : pourquoi n’iriez-vous pas à Pollutec à Abu Dhabi ? J’y suis allé et je me suis rendu compte que leur grosse problématique, c’est l’eau, notamment pour l’entretien des espaces verts. J’ai réfléchi. Habituellement on partait des engrais pour améliorer la qualité des sols. J’ai dit, il faut faire l‘inverse pour rendre fonctionnel ces sols sableux. »

 

De retour à Nancy, Yoann Thomas met à contribution toutes les ressources internes et repart à Abu Dhabi avec une solution. « Nous avons proposé une offre d’ingénierie pédologique. Nous leur avons dit on va vous aider à faire des sols économes en eau, en valorisant des produits de l’industrie locale dépollués, pour les reconstituer. On s’est développé comme ça. On a fait 40% de notre chiffre d’affaires avec des clients comme la société des pétroles d’Abu Dhabi, Veolia, Total. Ils avaient aussi un projet de clinique privée. Pour obtenir le label vert, ils ont fait appel à nous et pour irriguer les espaces verts nous avons utilisé l’eau de la clim. »

Ne pas détruire les terres agricoles

Les convictions sont là, le marché se précise, la start-up ne demande qu’à grandir. De fait, devient elle devient une entreprise de croissance. Comme le secteur évolue en permanence et que tenir une niche ne veut pas dire s’y endormir, le spécialiste des engrais et des sols veut profiter de cette dynamique positive pour aller plus loin. Beaucoup plus loin. Sur ce point les chercheurs qui sont à la base de tout et les spécialistes du marketing progressent en harmonie. « A un moment on s’est dit : il faut faire quelque chose en France où il n’y a pas de désert mais des friches. Au lieu de détruire des terres agricoles et de laisser en ville des sols pourris, on a développé une offre d’ingénierie pédologique sur des friches urbaines. On a aussi développé une offre de dépollution des sites dégradés avec des plantes phytoremédiatrices. La phytoremédiation est un ensemble de techniques utilisant les plantes pour réduire, dégrader ou immobiliser des composantes organiques polluantes. Aujourd’hui nous sommes leader en France de la restauration des sols dégradés et de la phytorémédiation. »

On n’est pas au concours Lépine

Microhumus s’appuie sur une équipe pluridisciplinaire incluant des ingénieurs de recherche, des docteurs en sciences des sols, des pédologues, des experts venus du BTP, des gestionnaires. Une addition de compétences et de savoir qui permet à la société de viser le marché mondial. En résumé Microhumus fait de la terre avec des cailloux. Non, nous ne sommes pas au concours Lépine où les Géo Trouvetout rivalisent d’ingéniosité. On parle d’un procédé qui permet de fabriquer de la terre de substitution sans aller altérer les périmètres agricoles ni aller gratter des endroits d’une pureté qui n’est pas garantie. Là encore l’équipe nancéienne joue les précurseurs. « Il y a trois ans , le BTP était en crise. Colas était notre client. On était positionné sur des marchés qui n’avançaient pas. On s’est dit ça ne peut pas continuer ainsi. »

 

L’idée de faire de la terre avait germé lors d’un projet monté pour le Qatar qui n’a pas abouti compte tenu des règles imposées pour s’implanter sur place. Yann Thomas et ses amis qui ont pour habitude d’être maîtres chez eux, empruntent une autre voie mais conservent le principe de base. « En mélangeant plusieurs sortes de bons cailloux dans les proportions requises et en rajoutant des micro-organismes on fait de la terre. Ça marchait en laboratoire. On a fait un pilote avec Cogesud sur la zone industrielle de Messein. On a montré notre projet au député Dominique Potier auquel nous avons expliqué : c’est idiot de prendre de la terre dans les champs. C’était en 2016. Il a trouvé le procédé formidable. Quelques semaines plus tard il nous a mis en contact avec Ségolène Royal lors d’une visite ministérielle. C’était parti ! »

L’étincelle de l’innovation

Si bien que Subster, premier process de production de terre en France est lancé en 2017. Très vite Microhumus avance de plusieurs cases. Les systèmes qui étaient enfermés dans la routine de pensée et de mode opératoire bougent, un changement d’esprit et de méthode intervient. « On bouleverse les habitudes mais ça avance. On a signé un accord avec le groupe Cemex qui a des sites de production à Toulon, Toulouse, Dunkerque, Orléans, Blois et en région parisienne. Nous avons un réseau qu’on déploie en France et des accords avec une société suisse et une société belge pour exporter le modèle. Il faut que la terre soit conforme à des normes. On respecte un référentiel. On vend la formule sur-mesure, on veut aider nos clients à faire un maximum de volume. »

 

Microhumus qui a compris que pour grandir il fallait provoquer en permanence l’étincelle de l’innovation est à l’équilibre depuis deux ans et de s’autofinance. « Au départ on faisait des engrais, à présent on fait de la terre. Je suis le gérant de l’entreprise. Dans nos associés, on retrouve Atout- PME Lorraine , des scientifiques de l’Inra et de l’université de Lorraine. Notre regret c’est de travailler assez peu dans la région. Si la métropole du Grand Nancy pouvait acheter de la terre biosourcée, ce serait pas mal. Quand certains voient une jeune entreprise, ils disent on va l’aider. Mais moi, je ne veux pas d’aide, je veux une correspondance entre des besoins et une offre. Mon énergie je la mets à identifier ce qui est nécessaire pour garantir la qualité de service et à la préservation de l’environnement. »

 

On lui demande le secret de la réussite de Microhumus. Pour lui l’analyse est évidente : « Ce qui fait que ça fonctionne, c’est le mariage de l’expérience et de l’expertise de gens qui viennent d’horizon différents. »
Décidément, Yann Thomas a les pieds sur terre.
 



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