Thionville

Commerces
Thionville : Exmeda, la “galerie marchande” n’a jamais aussi bien porté son nom !

Par Justine DEMADE PELLORCE • Journaliste de la Semaine • 04/06/2018 à 14h45

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Les artisans d’art représentent au moins 15% des professionnels accompagnés par la couveuse Pacelor (réseau Alexis Lorraine). Ils sont aussi plus de 2 500 dans la région. Entre art et artisanat, un statut précis qui englobe 281 métiers. Le commerce n’en fait pas partie et s’ils vivent leur passion, ces créateurs ont ensuite du mal à vivre de leur passion. C’est tout l’enjeu d’Exmeda (Exposition des métiers d’art), boutique portée par Alexis Lorraine. La première a ouvert fin avril à Thionville, avant celle prévue au dernier trimestre à Nancy, puis Epinal et Metz.

De 6 euros la tasse en raku à 2 900 euros la lampe en verre poli : la vitrine d’Exmeda Thionville ouvre les possibilités. Constante : la création de pièces uniques, résultat d’un savoir-faire. Variante, les prix donc, mais aussi les esthétiques et les techniques ou matériaux. Rue du Vieux-Collège, les anciens locaux de l’office de tourisme ouvrent leur espace lumineux aux créations en tous genre. Céramique ou carton, verre ou toile de jute, plumes, soie, bois ou raku : il y en a pour tous les goûts. Motifs floraux ou plus animaliers, abstraits ou pas, la vaisselle, les cadres, miroirs et autres bijoux reflètent chacun la personnalité de leur créateur. Souvent fruits de longues séances de travail, toutes ces pièces sont uniques, et ça  fait du bien à l’heure de la standardisation. C’est ce que pensent les créateurs, c’est aussi ce que pense Alexis Lorraine, outil régional d’accompagnement à la création, au développement et à la transmission d’entreprises.

 

Centre européen des arts verriers ou de vannerie, école de lutherie... mais aussi manufactures (Baccarat, Longwy, Saint-Louis...) : la région compte des centres de formation et de création uniques en France. Reste que les artisans d’art sont généralement des solitaires, qui s’échinent à faire de leur art de toutes petites entreprises qui ne connaîtraient pas trop la crise.

Au four et au moulin

Parmi les porteurs de projets accompagnés par Pacelor, la couveuse d’Alexis Lorraine, 15% au minimum sont des artisans d’art. « Une de nos activités phares », résume Christelle Terrien, la directrice de cette couveuse. Et si elle reconnaît un savoir-faire sans pareil à tous ces créateurs, elle constate également leur difficulté à passer à l’étape commercialisation, histoire de ne plus seulement vivre leur passion, mais aussi de vivre de leur passion.

 

Difficulté liée à leur nature : ces créateurs ont généralement plutôt l’habitude de l’ombre et de la solitude de leur atelier que d’une exposition publique. S’ajoute la difficulté à “vendre” quelque chose de soi. Sans oublier des obstacles plus pragmatiques : compliqué d’être à la fois au four et au moulin. « Si on cumule toutes les opportunités, les créateurs d’art ont au grand maximum 50 jours de contact avec le public pour espérer vendre leurs productions. Pas suffisant pour vivre », calcule rapidement la directrice de Pacelor qui rappelle encore « la difficulté pour ces créateurs d’honorer le loyer d’une boutique, qu’ils devraient tenir en même temps qu’ils créent dans leur atelier ». Une équation impossible que le réseau Alexis a décidé de simplifier à travers l’ouverture progressive de boutiques, véritables vitrines marchandes pour ces créations.

« On n’est pas chez Gifi ! »

Exmeda, pour “Exposition des métiers d’art”, est ouverte à tous les artisans d’art enregistrés auprès de la Mission régionale des métiers d’art qui apporte son expertise dans la sélection des artisans, qu’ils soient passés par la couveuse ou non. Une trentaine sont exposés pour quelques mois avant que d’autres ne prennent le relais. Une vendeuse professionnelle est là pour faire le pont entre la création solitaire et les acheteurs : à chacun son métier après tout. Ici, c’est Jo, 30 ans de commerce dont 12 à Thionville, qui se charge d’expliquer aux clients le concept : « La boutique n’est pas éphémère », comme beaucoup du genre, mais permanente (même si elle évite de préciser que cette adresse-là est temporaire, jusqu’à la destruction prévue des bâtiments et l’installation pérenne ailleurs en ville).

 

Elle aime aussi rappeler aux clients qu’ici « on n’est pas chez Gifi » ! Que du fait main, par des artisans de la région. Un argument qui porte, à l’heure du consommer local. A sa mission classique de vente, s’adosse celle de former les artisans à la vente : chaque samedi deux d’entre eux sont présents dans les locaux, l’un pour animer un atelier de création et l’autre pour assister Jo à la vente. Pas une mince affaire à l’entendre : « Ils restent généralement planqués derrière, et je dois leur faire de grands gestes pour qu’ils viennent au contact des clients », sourit celle qui reconnaît qu’elle aurait l’air chou, si on lui mettait une boule de glaise dans les mains. Vendre n’est pas un gros mot, mais ce n’est pas donné à tout le monde non plus. L’objectif final, outre la valorisation de ces métiers d’art, est ainsi de former les artisans à cette dimension marchande.

Trompe d’éléphant

Singularité de la boutique, l’ouverture d’un espace aux artisans qui n’ont pas de production à exposer mais des savoir-faire : restaurateurs et autres créateurs sur-mesure. Un facteur d’orgues et d’harmoniums (il n’en existe que trois en France !), un tapissier d’ameublement ou une restauratrice de meubles exposeront tour à tour. En ce moment des fauteuils en toile de jute et à trompe d’éléphant ou des meubles anciens customisés côtoient les bols et autres bibis à plumes.

 

Et pour ouvrir encore plus large la vitrine, un marketplace sera mis en ligne mi-juin : vitrine numérique cette fois, où tous les artisans auront leur place. « Si la première boutique a ouvert ses portes à Thionville c’est grâce à l’implication de la municipalité qui a mis à disposition le local à titre gracieux », salue Christelle Terrien. La deuxième boutique du genre devrait ouvrir à la fin de l’année à Nancy.

 



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