Moselle-Est

Mémoire
Pascal Flaus, historien et archiviste : « J’ai redonné une âme à certains soldats du cimetière américain de Saint-Avold »

Par Arnaud STOERKLER • Journaliste de La Semaine • 05/06/2018 à 12h15

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Chaque année à la fin du mois de mai, le Memorial day rend hommage aux membres des forces armées des États-Unis tombés sur un champ de bataille. L'évènement fêté outre-Atlantique s'exporte aussi en Moselle le 27 mai, lors d'une cérémonie publique au cimetière militaire américain de Saint-Avold, auquel l'historien et archiviste local Pascal Flaus a consacré un ouvrage entier publié l'an dernier.

Vous avez publié il y a tout juste un an Le cimetière américain de Saint-Avold, un ouvrage dédié à ce site mémoriel que vous estimez oublié par l'histoire. Pourquoi ?

Le cimetière militaire américain de Saint-Avold est le plus grand de son genre en Europe (en nombre de tombes de soldats américains morts durant la Seconde Guerre mondiale, ndlr), mais il reste plutôt ignoré des histoires américaine et européenne. La mémoire de ce conflit est depuis toujours focalisée en France sur la Normandie, et pour cause : cette région a connu le Débarquement des troupes alliées.
Je souhaitais cependant réhabiliter ce cimetière, dont l'histoire n'avait jusqu'ici pas encore été écrite : mon ouvrage, pour lequel j'ai réalisé des recherches jusque dans certaines archives des Etats-Unis, est le premier entièrement dédié à ce sujet.

 

Comment Saint-Avold, ville à taille humaine, s'est-elle retrouvée à accueillir le plus grand cimetière militaire américain de la Seconde Guerre mondiale en Europe ?

L'implantation de ce cimetière américain, précisément à cet endroit, est assez simple à expliquer : d'abord, les combats de l'hiver 1944-45 (lors de la seconde phase de la campagne de Lorraine, ndlr) pour délivrer la région de l'armée allemande ont été particulièrement violents. Les soldats américains ont eu beaucoup de mal à progresser vers l'Allemagne et ont laissé sur leur chemin des cimetières provisoires, avec des croix en bois, près de chaque champ de bataille. Le dernier du genre à avoir été créé en France l'a été en 1945 à Saint-Avold, non loin du site de l'actuel cimetière américain, un territoire où le front s'était stabilisé depuis le mois de novembre 1944.

 

A la fin de la guerre, les Etats-Unis ont décidé de restructurer l'ensemble de leurs cimetières provisoires, très nombreux en Europe de l'Ouest, et surtout de rapatrier tous leurs soldats enterrés en territoire ennemi. Cette double politique a mené à la construction de l'actuel cimetière américain de Saint-Avold, inauguré en 1960, un lieu approprié par sa proximité avec la frontière allemande et l'accessibilité de son réseau de communication.

 

Votre ouvrage vous a -t-il permis d'exhumer des histoires individuelles d'entre les lignes de ces milliers
de tombes blanches et identiques ?

Le cimetière américain de Saint-Avold possède 10 489 tombes, il serait donc très difficile de retracer l'histoire personnelle de chacun des soldats morts et enterrés là-bas. D'autant qu'un incendie a ravagé en 1973 une partie des archives militaires de St-Louis (dans l'Etat du Missouri, ndlr) où se trouvaient des informations essentielles en vue d'un tel travail d'historien. Mais l'un des objectifs de mon livre était en effet de redonner une âme à certains de ces soldats, grâce au témoignage de leur famille ou à leurs lettres.

 

J'ai ainsi pu reconstituer l'histoire de William Mitchell Shaw, né le 27 septembre 1921 et mort dans un accrochage près de Nancy le 12 septembre 1944, en trouvant ses lettres archivées en Caroline du Nord, un État où il a encore un frère (à Fayetteville, jumelée avec Saint-Avold, ndlr). Dans cette correspondance avec sa famille, il évoque la beauté de la Normandie, son intérêt pour l'histoire religieuse et le pays qu'il traverse ou encore le froid qu'il éprouve en Lorraine. Beaucoup de banalités, puisque les soldats ne savent naturellement pas qu'ils vont mourir : ils espèrent tous survivre à cette guerre et n'évoquent donc pas l'au-delà ou la théologie dans la lettre qui, sans qu'ils le sachent, sera pour certains leur dernière.

 

Le Memorial day rassemble chaque année entre 1 000 et 2 000 personnes au cimetière américain de Saint-Avold. L'attachement à la mémoire des soldats est-il plus grand aux Etats-Unis qu'en France ?

Pour avoir vécu cette commémoration aux Etats-Unis, il est vrai que le Mémorial day semble réussir à attirer les nouvelles générations et à se perpétuer dans le temps au sein d'un mélange de patriotisme et de religion. Mais affirmer que le souvenir mémoriel est plus actif outre-Atlantique qu'ici serait probablement une erreur. Il est avant tout différent : à l'inverse de la France, les Etats-Unis ont décidé de commémorer sur une seule journée l'ensemble des morts tombés pour leur pays, depuis leur guerre d'indépendance jusqu'à celle menée actuellement en Irak et en Syrie (contre l'Etat islamique, ndlr). L'idée me paraît excellente, puisqu'elle permet d'attribuer d'importants moyens à un événement unique dans l'année, afin d'offrir un réel éclat au devoir de mémoire.

 



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