Nancy

Mémoire
Jean-Pierre Pesson, président de l’UNADIR : « Réfléchir sur le sens de l’engagement et du sacrifice individuel »

Par Pierre TARIBO • Journaliste de La Semaine • 06/06/2018 à 13h40

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Le président de l’Union nationale des Associations de Déportés, Internés de la Résistance, président interdépartemental du ministère de l’Intérieur et secrétaire général du comité d’organisation du CNRD, explique l’importance du devoir de mémoire.

Il ne tient pas le journal des années de guerre, il n’est pas non plus un témoin de cette époque, mais il en parle avec un sentiment profond et personnel , car cette histoire est un peu la sienne et beaucoup celle de son père Louis Pesson, rescapé des camps du Struthof et de Dachau, décédé en 1983 à l’âge de 59 ans pour avoir laissé trop de forces dans cet enfer d’horreurs, d’abjection et de souffrances dont le souvenir l’a accompagné jusqu’à son dernier souffle.

 

Jean-Pierre Pesson parle peu de lui mais il œuvre avec force, foi et une énergie inébranlable pour que l’oubli ne l’emporte jamais. Il sait qu’avec la disparition des témoins et acteurs, il y a un risque d’effacement des mémoires. Alors, sans s’agripper au passé mais pour faire connaître aux plus jeunes ce que furent la guerre, l’occupation, la Résistance, il s’est engagé à sa manière avec un mélange d’opiniâtreté, de délicatesse et de sincérité afin que reste ouvert le livre d’histoire sur les tourments du XXe siècle qui ont broyé tant de destinées.

 

Que représente aujourd’hui le Concours National de la Résistance et de la Déportation ?

« Le Concours National de la Résistance et de la Déportation, le plus important en nombre de participants sous l’égide de l’Education nationale, existe depuis qu’en 1961 Lucien Paye, ministre de l’Education, officialisait la naissance d’un concours sur un sujet tiré de l’histoire de la Résistance et de la Déportation.
L’objectif n’était pas de réveiller les haines mais d’évoquer le souvenir de sacrifices très purs et héroïques, dans le combat livré pour que les jeunes Français puissent vivre libres et fraternellement dans la patrie retrouvée.

 

Plus qu’un simple concours, cet événement est un trait d’union entre les générations, entre le passé et l’avenir de notre pays. Alors que les témoignages directs de la Seconde Guerre mondiale se raréfient, le Concours National de la Résistance et de la Déportation, permet aux jeunes d’emprunter chaque année les sentiers de la mémoire pour évoquer un temps qui fut celui de leurs arrière- grands parents.

 

Rappelons que sans la Résistance qui a coupé de nombreuses sources d’approvisionnement aux Allemands, le débarquement des alliés en Normandie aurait échoué. Hier comme aujourd’hui, le CNRD constitue pour les nouvelles générations une occasion inestimable de réfléchir sur le sens de l’engagement et du sacrifice individuel en faveur de la liberté, de la justice et de l’ensemble des idéaux démocratiques et républicains qui sont les nôtres. »

 

Quel était le thème cette année ?

« Le sujet était le suivant : “S’engager pour libérer la France”. Un sujet qui a particulièrement plu aux professeurs, chefs d’établissement, aux élèves des collèges (classes de 3e) et des lycées (classes de seconde et première), sujet en lien avec la notion de citoyenneté dont nous parlons énormément en cette période où nous sommes confrontés au terrorisme.

 

L’an dernier au niveau national, 1984 établissements dont 11 hors métropole, soit 43 500 élèves ont participé aux épreuves. Cette année 954 élèves du département (691 collégiens et 263 lycéens) ont planché sur ce thème, 45% de plus que les années précédentes. Soit 5 lycées et 11 collèges dont les 170 lauréats retenus au palmarès ont été récompensés le 23 mai par un voyage à Suresnes, (visite du Mont Valérien) et à Paris où ils ont assisté au ravivage de la Flamme devant le tombeau du Soldat inconnu.
Deux gerbes au nom de notre concours national ont été déposées en ces lieux historiques.

 

La remise des prix a eu lieu à l’hôtel de Ville de Nancy le dimanche 27 mai, en présence des plus hautes autorités civiles, militaires et académiques du département. La cérémonie était présidée cette année par Mathieu Klein, le président du Conseil départemental, (elle est présidée alternativement par le maire de Nancy, le préfet de Meurthe-et-Moselle et le président du Conseil départemental).

 

Cette remise des prix se déroule cette année à la même date que la journée de la Résistance qui a lieu à date fixe depuis son instauration par le président François Hollande, ce qui lui donne une symbolique très forte. 73 prix seront remis : 65 individuels et 8 collectifs représentant 170 lauréats. »

 

Peu à peu, le nombre des témoins diminue, comment perpétuer la mémoire de cette période ? Combien reste-t-il d’acteurs de la Résistance en Meurthe-et-Moselle ?

« De nombreux anciens résistants et déportés nous ont quittés. Actuellement dans la métropole du Grand Nancy et dans le Toulois nous recensons cinq résistants : André Collard 102 ans, compagnon de route du colonel Legrand récemment décédé, Fernand Nédelec 94 ans et Simone Chaudon 97 ans, ainsi que MM. Lohner et Verstraten qui ne se déplacent plus.

 

Côté déportation, il reste en Meurthe-et-Moselle 5 déportés : Maurice Gérard et Gaston Mariotte 98 ans, René Rhein 96 ans, Pierre Prudhomme 93 ans et Stéfan Lewandoski 92 ans. Fernand Nédelec et Stéfan Lewandowski interviennent régulièrement dans les établissements scolaires pour y faire connaître leur vécu de résistant et résistant déporté. Lorsque ces témoins ne seront plus de ce monde, il est souhaitable que des descendants, dont je fais partie, acceptent de prendre le relais pour expliquer ce que nos parents ont vécu dans la Résistance et la Déportation.

 

C’est le souhait de l’Association Nationale de Déportés de la Résistance à laquelle j’appartiens qui a élaboré tout récemment un DVD et son coffret pédagogique afin d’aider les intervenants que nous sommes, à introduire les conférences dans les collèges, lycées, facultés et même dans le primaire où les enfants posent des questions très pertinentes sur 1939-1945. »

 

Vous êtes président de l’Union Nationale des Associations de Déportés, Internés , de la Résistance et Familles de Meurthe-et-Moselle, président interdépartemental des Anciens combattants du ministère de l’Intérieur, secrétaire général du comité d’organisation du Concours National de la Résistance et de la Déportation, quel est votre rôle et pourquoi l’avoir accepté ?

« J’ai repris en 2013 l’association jusqu’alors présidée par Me Roger Souchal, à sa demande expresse. Il était important pour lui qu’un fils de déporté résistant, prenne sa succession.

 

J’ai accepté de bon cœur car mon regretté papa, décédé en 1983 à l’âge de 59 ans du fait des séquelles de sa déportation, avait été interné d’avril à septembre 1944 au camp de concentration du Struthof sous le statut NN (Nuit et Brouillard) regroupant les déportés pour faits de résistance, puis au camp de Dachau de septembre 1944 à avril 1945 où il sera libéré par les forces américaines le 30 avril.

 

L’Union des associations de Déportés et Internés de la Résistance de Meurthe-et-Moselle (UNADIF-FNDIR 54) que je préside compte actuellement 135 membres : déportés, descendants pour un tiers et sympathisants. Notre but ayant évolué du fait du peu de survivants de cette période, notre action est maintenant d’entretenir le devoir de mémoire que nous devons à nos aînés quoi ont énormément souffert pour notre liberté d’aujourd’hui.

D’où l’importance du concours qui est notre fer de lance et nous permet de sensibiliser un grand nombre de jeunes à ce devoir mémoriel. Nous participons à titre consultatif à l’élaboration du thème annuel du concours avec l’Education nationale qui en est le maître d’œuvre.

 

Je suis membre du Bureau national chargé de l’animation des 70 associations départementales et membre suppléant du jury de correction au ministère de l’Education. En effet les 8 meilleures copies de chaque académie sont adressées au ministère en vue d’une sélection permettant de désigner les 15 meilleures pour une remise des prix qui a lieu chaque année sous les ors de la République à Paris.

 

En ma qualité de commandant de Police emploi fonctionnel en charge de la Brigade criminelle au Service Régional de Police Judiciaire jusqu’en 2004, mon prédécesseur m’a demandé de reprendre la présidence des anciens combattants du ministère de l’Intérieur, fonction que je ne pouvais refuser du fait de mon appartenance au monde combattant depuis plusieurs années. A ce jour l’Association interdépartementale compte 42 membres.

 

Quant à la responsabilité du Concours National de la Résistance et de la Déportation, mon maître en la matière le colonel Roland Legrand, les anciens membres du comité Roger Souchal, Me Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin, André Claudel et plus récemment Isabelle Mangin, m’avaient demandé de perpétuer ce bel engagement qu’ils avaient initié, et j’essaie de me montrer à la hauteur de leurs ambitions dans ce domaine.

 

J’ai constamment à l’esprit le sacrifice de mon regretté papa Louis Pesson. Il est mon moteur dans toutes ces responsabilités parfois lourdes que j’ai acceptées. Lorsque j’assure les commentaires sonorisés lors des cérémonies, nombreuses, à Nancy et depuis quelque temps à Toul, j’ai une pensée forte pour lui. Il devait m’expliquer lorsqu’il serait à la retraite le détail de sa vie de déporté résistant, malheureusement il nous a quitté avant.

 

Heureusement, il avait consigné, à son retour des camps, dans un cahier d’écolier, un récit de cette douloureuse période. J’ai fait relier cet ouvrage que je conserve précieusement et en 2005, à la demande d’un éditeur alsacien, 2000 exemplaires ont été imprimés et vendus sous le titre Je n’avais que 20 ans, Struthof Dachau –survivre à l’horreur- matricule 101614. La plupart de ces ouvrages on été vendus à la librairie du Mémorial du camp du Struthof. Enfin depuis cette année, je fais partie de la réserve citoyenne de l’armée qui me sollicite pour commenter leurs cérémonies sur le territoire de la métropole du Grand Nancy et à Toul. »
 



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