Cinéma

La critique de Fernand-Joseph Meyer
"En guerre" de Stéphane Brizé, costaud

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 05/06/2018 à 18h00

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Les opinions clicheteuses ne cessent de rebondir dès lors qu'on a affaire avec Stéphane Brizé que les observateurs pressés rangent dans la même catégorie que Ken Loach, les frères Dardenne, Robert Guédiguian ou Pierre Jolivet. Par exemple.

Ce cinéma-social-là fatigue surtout quand il est accommodé à la française... Brizé nous les briserait... Lindon est un acteur germanopratin qui se la joue avec une surdose de militance boboïde... Ou pire : «En guerre» aurait été l'alibi de bonne conscience politique d'un festival de Cannes engourdi par les paillettes. D'autres observateurs des choses sociales (ou plus chic : sociétales) le qualifient même de «cégétiste» - alors que le «héros» de Stéphane Brizé Laurent Amédéo/Vincent London n'arbore pas de bacchante à la Philippe Martinez... Depuis le palmarès cannois d'où il est curieusement absent, on sait
qu' «En guerre», le huitième film de Stéphane Brizé («Je ne suis pas là pour être aimé», «Quelques heures de printemps», «Entre adultes», «Une vie»...) est un brûlot.

 

 

Laurent Amédéo apparaît comme un «working class hero» comme le chantait jadis Bruce Springsteen. Il anime une grève qui s'étiole à son insu et qui, bien avant un «happy-end» blindé de brûlante mélancolie, roule comme une guerre avec attaques, charges, bombardements, replis et naufrages dans des tranchées coupe-gorge où se dénouent négociations et autres subterfuges politiciens.

 

Le scénario se déroule comme nous l'ont appris de récents conflits sociaux (Arcelor-Mittal à Florange en 2012, Continental dans l'Oise en 2009). On annonce la fermeture totale d'une usine d'Agen qui n'est pas en défaut de rentabilité mais pour laquelle la maison-mère allemande a d'autres objectifs, on prévoit la délocalisation et la suppression de 1100 emplois ; la grève est déclenchée, les négociations foirent et les rapports de force – et de classe - s'intensifient. Stéphane Brizé ne ressasse pas ce qu'il a déjà démontré dans «La Loi du marché», son avant-dernier film, et son interprète Vincent Lindon ne court pas après l'auto-parodie. «En guerre» affine leur analyse du capitalisme mondialiste qui s'emballe et dérape avec dextérité. La fiction se frotte à la réalité la plus concrète. Les acteurs non-professionnels (ouvriers, avocats, journalistes...) portent leurs vrais noms dans la «fiction» et avec Vincent Lindon habité comme jamais par son personnage de leader syndicaliste vivant une splendide solitude, ils jouent une fulgurante bataille suspendue à une lancinante musique (signée Bertrand Blessig) qui nous emballe comme le plus cinglant des thrillers.
 



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