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Transports
Grand Nancy : le match des présidents de groupe face au tram

Par Pierre TARIBO • Journaliste de La Semaine • 01/06/2018 à 14h45

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Ils ont forcément des positions divergentes mais sur le financement Serge Bouly se pose des questions qui ne sont pas très éloignées de celles émises par Hervé Féron.

Hervé Féron demande la parole. Dès les premiers mots, le réquisitoire est impitoyable : "Il s’agit de se positionner sur le renouvellement et l’extension de la ligne 1consécutive à la concertation préalable. M. le président, votre opposition est  évidemment piégée par la méthode. A défaut de nous proposer  le tram sur rails dans une première intention pour qu’il monte à Brabois, vous nous proposez un autre mode de transport, vous nous menez en bateau."

"Il n’y a jamais eu de financement privé. La première grande faiblesse de ce dossier, c’est qu’il n’y a pas et qu’il n’y a jamais eu de financement de prévu ou de précisé. Et il est à craindre que ce point faible légitimera  le fait de différer encore, ou de ne pas réaliser le tram sur rails jusqu’à Brabois. L’autre point faible, c’est bien évidemment l’absence prolongée de stratégie pluriannuelle depuis si longtemps, c’est-à-dire d’une véritable politique publique pensée, partagée et mise en œuvre selon un planning cohérent."

 

Hervé Féron note que l’excellent travail fait par Christophe Choserot « n’enlève rien au contexte et à l’histoire ». Il constate qu’on pourrait presque « sentir dans le texte des promesses subliminales » et
l’intention d’entendre ce que les personnes ont exprimé très majoritairement lors de la consultation publique, à savoir la desserte  du plateau de Brabois par le futur tramway. Or, souligne le président du groupe de gauche : « Comme vous n’avez pas prévu le financement, on tourne en rond et on se retrouve confronté aux mêmes atermoiements. »

 

Que va faire la gauche ? « Dans le groupe on aura des votes pour parce que certains voient un réel progrès à travers cette délibération. Vous aurez également des votes contre. Ne vous engouffrez pas dans la démagogie qui consisterait à dire  que les votes contre signifieraient ne pas vouloir d’un projet de transports en commun. Ceux qui votent contre expriment le fait qu’ils n’y trouvent pas leur compte. »

 

Le maire de Tomblaine énumère ensuite « la liste des promesses récurrentes qui nous ont tant fait espérer, mais qui n’ont jamais été tenues ». S’adressant à André Rossinot, il cite le plan de déplacements urbains qui en 2 000 prévoyait 3 lignes de transports en commun en site propre, ligne 2 en 2003 et ligne 3 en 2006… Il poursuit en évoquant  2006 et le plan de déplacements urbains révisé qui « prévoyait une extension du réseau en prolongeant la ligne 1, la réalisation d’une ligne 2 mise en service en 2013 et la mise en œuvre progressive d’une ligne 3, toutes en voies réservées… » Enfin, Hervé Féron évoque la délibération du 20 mars 2009 dans laquelle le conseil de communauté urbaine manifestait son désir « de mettre en œuvre un réseau de transports en commun cohérent et étendu organisé, d’une part, autour de 3 lignes principales et, d’autre part, de lignes complémentaires à haut niveau de service ». Il enfonce le clou en déclarant : « Comme tant d’autres fois auparavant, vous vous engagiez personnellement le mois dernier sur ce dossier promettant le tram à Brabois en 2023. Et cette fois encore, vous nous demandez de vous croire sur parole. »

 

Hervé Féron aborde le chapitre financier. « Vous ne nous dites pas précisément comment vous financez la version bas de gamme, et vous nous dites encore moins comment vous financez  la version que le grand public a choisi. Il me semble donc qu’à travers cette délibération, vous proposez un marché de dupe : finançons une fois de plus des études, elles aboutiront à la conclusion que nous n’avons pas les moyens de le faire. » Il observe que dans le rapport d’orientation budgétaire il est dit « que l’amélioration de l’épargne brute passerait par l’augmentation des recettes réelles de fonctionnement en d’autres termes par la fiscalité, la tarification des services publics, et/ou la diminution des dépenses de fonctionnement ? Pour ce qui concerne la fiscalité, avez-vous l’intention d’augmenter les taux d’imposition ? Si oui de combien ? Et quand ? »

 

Le président du groupe de gauche s’inquiète des possibles conséquences sur l’éclairage public, l’entretien des voiries, la collecte des ordures ménagères, les piscines. Il s’exclame : « Ce qu’il nous faut, c’est mettre en place un plan pluriannuel de développement du réseau de transport en commun, c’est un planning, ce sont des dates qu’il nous faudra honorer, c’est une stratégie, une construction cohérente du projet et de son financement détaillé. »

 

Dans la foulée pour trouver des financements supplémentaires il propose : de repousser le « très onéreux projet du Grand Nancy Thermal qui devrait coûter à la métropole 81 M€. D’arrêter les dépenses fastueuses, de revisiter les moyens  que nous mettons pour les études (2,8 M€ pour Scalen), d’abandonner le recrutement d’une agence de communication qui nous coûterait 650 000€, de renoncer à la Fondation pour l’humanisme numérique et de nous recentrer  sur nos compétences  premières. En somme ce que nous proposons, c’est d’être clairvoyant et responsable ».

« Monter à Brabois c’est possible mais certainement pas pour 2023 »

Serge Bouly, le président du groupe de la majorité s’efforce de remettre les choses à leur place mais il n’occulte pas le problème financier.

 

« Point n’est besoin de rappeler l’importance stratégique d’un projet qui doit transcender les couleurs politiques ou les postures médiatiques. Je constate cependant qu’il n’en est pas tout à fait ainsi après l’intervention de notre collègue Hervé Féron. Il me semble que nous sommes ici, depuis le début de nos réflexions, sur un dossier visant l’unique intérêt des usagers et des habitants de la métropole.
 

 

Depuis de longs mois le débat a été posé. Un grand nombre de personnes ont eu l’occasion de s’exprimer par le biais de réunions de travail, en commissions, en conseil de métropole. La concertation a été variée, enrichissante. D’autres continuent à s’exprimer aujourd’hui, à pétitionner même, preuve que le sujet passionne. Beaucoup d’idées, d’hypothèses ont été émises dont certaines doivent encore être étudiées en profondeur car le parfait du “y’à qu’à, faut qu’on” n’est souvent qu’un leurre. »

 

Le président du groupe de la majorité évoque un second plan Tiga métropolitain : « C’est-à-dire un dossier de transports intégrés d’une grande agglomération. »

 

S’il pense qu’une majorité confortable devrait se dessiner pour le projet proposé, il ne cache pas les inquiétudes qui subsistent « chez nos concitoyens, quant au coût possible de l’opération. 200 M€, 380 M€ et pourquoi pas un demi-milliard soit le prix à son lancement d’une navette spatiale Orbiter laquelle transportait il est vrai moins de passagers que le futur tram ».

 

Serge Bouly note que le projet se tourne vers le futur « en amorçant des ouvertures sur certaines intercommunalités voisines et peut-être plus si affinités. Pour autant, il ne faudrait pas, dans les court et moyen termes, oublier qu’il existe aussi un second axe structurant représenté par la ligne 2, laquelle pourrait à l’avenir se prolonger vers le bassin de Saint-Nicolas-Dombasle au sud-est et le bassin de Pompey au nord. Des idées, des propositions, on peut en trouver “plein des caisses” comme on disait dans mes Vosges natales. Seulement avec des idées sans pétrole, on se heurte vite aux problèmes de financement que devrons notamment résoudre celles et ceux qui seront en responsabilité à partir de 2020. Et là, on aura beau prendre le dossier dans tous les sens, ça risque de faire mal lors du rendez-vous de l’ambition avec la dure réalité des chiffres ».

 

Serge Bouly rappelle qu’avec l’enveloppe de 250 M€  subventions comprises « on ne pourra assurer la montée à Brabois sans rupture de charge. Cette montée se fera un jour avec un tramway sur rails, c’est possible mais certainement pas pour 2023 comme d’aucuns ont pu et continuent de le penser ».

Double responsabilité

Le maire de Laneuveville et 2e vice-président de la métropole se projette dans le futur électoral. « Nous allons prendre nos responsabilités. Je suis tenté de dire que nous allons les prendre doublement. En actant, d’une part, le projet mais, d’autre part, en confiant la majeure partie du financement à nos successeurs après les élections de 2020, même si une majorité de cette  assemblée pourrait être encore présente dans cet hémicycle. Alors, si le discours politique doit être, et il l’est je pense, un discours d’ambition et d’audace, il doit aussi être un discours de raison. Pour faire simple : une rupture de charge sur Vélodrome avec, dans un premier temps, usage de BHNS pour monter à Brabois est-elle si rédhibitoire que cela ? Que font quotidiennement les Parisiens en prenant le métro ? Que font les usagers Grand Nancéiens qui empruntent les lignes en liaison avec la ligne 1 ? Est-ce que quelques dizaines de mètres de marche à pied ne sont pas bénéfiques au bien-être ? Pour faire également simple : si monter à Brabois dans un délai raisonnable avec un tramway sur rails est un but évident, que de dossiers devront être reportés aux calendes grecques ou purement et simplement abandonnés par le prochain exécutif alors qu’ils sont nécessaires au quotidien des Grands Nancéiens ! »

 

Serge Bouly fait ses comptes : « On l’a bien compris, un engagement prioritaire doit être donné aux mobilités et en particulier pour la ligne 1 étendue avec un tramway sur rails. Mais passer de 250 M€ en solution de base à au moins 400 M€ selon les options, ne se fera pas sans douleur. Nous aurons besoin de partenaires financiers importants. Je crains que  le futur exécutif aura besoin de recourir à un peu de fiscalité pour équilibrer ses comptes et donc pour maintenir un bon niveau de services aux Grands Nancéiens. J’espère simplement que ce nouvel exécutif prendra ses responsabilités le moment venu et qu’il saura dire : on savait. »

 

Serge Bouly précise qu'il s'exprimait en son nom personnel mais en prenant la parole immédiatement après Hervé Féron tout le monde a extrapolé : l'intervention individuelle ne l'était peut être pas tant que ça. On est président  de groupe ou pas…

 



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