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FC Metz : Frédéric Antonetti, coach pur-sang

Par Arnaud DEMMERLé • Journaliste de La Semaine • 01/06/2018 à 12h25

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La passion est son moteur ; l'exigence son carburant. A 56 ans et après dix-huit mois loin des terrains, le charismatique et cultissime Frédéric Antonetti reprend du service au FC Metz avec qui il s'est engagé pour les trois prochaines saisons. Un sacré coup réalisé sur le marché des coachs par le président Bernard Serin. Ce qui témoigne de l'ambition du club de ne pas faire de vieux os en Ligue 2.

Il a très souvent les oreilles qui sifflent, mais Bernard Serin, cible privilégiée de certains supporters messins, n'en a que faire et continue à aller de l'avant pour le bien de son club. 2018 marque un vrai tournant dans sa présidence. Les projets qui lui tiennent à cœur depuis des années prennent forme les uns après les autres. Le futur centre d'entraînement sur la BA 128 de Frescaty sera opérationnel en juin 2019. Le serpent de mer de la tribune Sud sortira, lui, de terre un an plus tard pour une inauguration en août 2020.
Et le sportif ? La relégation en Ligue 2 est « un vrai coup d'arrêt » comme le reconnaît la directrice générale Hélène Schrub. Pour repartir de l'avant, le président messin était attendu au tournant et devait marquer les esprits. Il a sorti de son chapeau Frédéric Antonetti. Un Frédéric peut décidément en cacher un autre...

 

Après Yvon Pouliquen, le court intérim Joël Muller, Dominique Bijotat, Albert Cartier, José Riga, Philippe Hinschberger et donc Frédéric Hantz, le technicien corse est le huitième coach de l'ère Serin qui parvient (enfin) à ses fins. Il rêvait de placer, depuis près de dix ans, une pointure sur le banc messin, lui qui avait songé à Raymond Domenech avant Philippe Hinschberger. Avec Frédéric Antonetti, son vœu est exaucé. Un vrai entraîneur de Ligue 1 en Ligue 2, l'exploit est de taille.

Chat noir

Sans faire injure à Frédéric Hantz, son successeur est un entraîneur d'un niveau supérieur par son expérience et surtout les équipes qu'il a dirigées. Il a fait ses gammes à partir de 1994 à Bastia après en avoir été le directeur du centre de formation. Il a ensuite marché sur les pas d'Arsène Wenger et connu une parenthèse japonaise à Osaka avant de revenir, durant deux saisons, au Sporting. La suite de ses pérégrinations est plus prestigieuse. Successivement Saint-Etienne, Nice, Rennes et Lille. Que des clubs qui gravitent aujourd'hui derrière le fameux Big Four (PSG, Monaco, OL et OM). Seule ombre à son tableau : un palmarès qui frise le néant. Véritable chat noir de la Coupe de la Ligue, il a disputé quatre finales avec quatre clubs différents pour autant de défaites (Bastia en 1995, Nice contre Nancy en 2006 !, Rennes en 2013 et Lille en 2016). Il ne compte finalement qu'un titre de champion de France de Ligue 2 avec Saint-Etienne en 2004. Ça tombe bien : la remontée immédiate parmi l'élite est son objectif.

 

Le retrouver dans l'antichambre du foot français reste une vraie (et bonne) surprise. Pourquoi a-t-il accepté de relever le challenge messin? L'appel du terrain, déjà. Il était sans club depuis novembre 2016 et la fin de son aventure dans le Nord avec les Dogues. Il était depuis l'un des consultants vedettes du « Canal Football Club », la grande messe dominicale du ballon rond sur la chaîne cryptée. C'est d'ailleurs lors de sa dernière, ce 27 mai, qu'il a livré d'autres raisons à son choix. « J'avais pas mal de propositions. J'aurais pu partir à l'étranger et gagner plus d'argent. Je suis tombé, sur des gens, qui me voulaient vraiment et me correspondent, le président Bernard Serin, Philippe Gaillot, Frédéric Arpinon ou Carlo Molinari. J'ai choisi le projet sportif. Metz est une vraie ville de foot. C'est un choix du cœur », a-t-il expliqué.

 

Qui est donc le nouvel homme fort du FC Metz ? Un personnage entier qui ne peut pas laisser indifférent. Un entraîneur passionné, dingue de foot qui n'a pas sa langue dans sa poche. Un tempérament bouillant, volcanique qui peut entrer en éruption en un quart de seconde contre l'un de ses joueurs, le corps arbitral ou l'entraîneur adverse. Il est l'anti-Jean Fernandez ou l'impassible Leonardo Jardim. Lors d'un match, il ne peut pas rester en place, assis tranquillement sur son banc et enchaîne les kilomètres à marmonner, rognonner contre la terre entière.

Pas qu'un meneur d'hommes

Il suffit de taper son nom sur la Toile pour découvrir le florige des plus gros coups de sang ou coups de gueule poussés par ce divin chauve à la voix aiguë avec un léger et savoureux cheveu sur la langue. « Ça m'embête qu'on me résume à ça. Je suis autre chose qu'une voix qui monte dans un stade », a-t-il avancé en octobre 2013 dans les colonnes de Corse-Matin.

 

Frédéric Antonetti est avant tout un fin tacticien qui ne laisse rien au hasard. Il est aussi exigant avec lui-même qu'avec ses joueurs. « Coach, vous êtes un éternel insatisfait. Vous n'êtes jamais content et cela pèse », lui a un jour dit l'ancien Nancéien Julien Féret qu'il a eu sous ses ordres à Rennes.

 

Boulimique de travail, compétiteur hors-catégorie, ne supportant pas la défaite, il est aussi et surtout un habile meneur d'hommes même s'il refuse d'être catalogué dans cette simple catégorie. A juste titre. Bien plus pédagogue que l'on pourrait le croire, il n'a pas son pareil pour donner sa chance aux jeunes et lancer leur carrière. Hugo Lloris et Anthony Modeste à Nice, Bafétimbi Gomis et Loïc Perrin à Saint-Etienne ou encore Yann M'Vila et Yacine Brahimi à Rennes ont été biberonnés par Frédéric Antonetti.

Grand timide

A 56 ans, le technicien corse revient en jeu. Sans esprit de revanche. Avec beaucoup d'appétit. Ses deux périodes d'inactivité, avant et après Lille, lui ont permis de prendre conscience de son image de nounours braillard, d'être moins sanguin et de voir la vie autrement. Des problèmes de santé, la mort de son père et la naissance de son petit-fils, aussi.

 

« Avec l'âge, on devient plus patient. Avant, je voulais en match ce qu'on faisait à l'entraînement et ça m'exaspérait qu'on n'y arrive pas. Quand il y avait une injustice, aussi. Sur le fond, j'avais raison. Sur la manière, j'avais tort. Je ne veux plus qu'il y ait des images de moi dans cet état-là », a-t-il admis à France-Football. « Le pire, c'est qu'au fond, je suis un grand timide. C'est même maladif. Mais ça disparaît sur le terrain », a-t-il ajouté dans le JDD. Frédéric Antonetti où l'homme aux deux visages. « Il y a encore des choses qui peuvent m'exaspérer. Je me soigne, mais je ne suis pas guéri. » En clair, si le spectacle n'est pas sur la pelouse de Saint-Symphorien, il risque au moins d'être sur le banc...

 



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