Metz

Urbanisme
Montigny-lès-Metz : Lizé, le quartier réinventé et reconnecté

Par Gaël FORMENTIN • • 04/06/2018 à 11h15

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Décloisonner, sans trahir ni travestir l'histoire. C'est tout l'enjeu du projet imaginé par l'architecte Jean-Michel Wilmotte et du groupement d'aménageurs chargés par la municipalité de Montigny-lès-Metz de redessiner le quartier Lizé. Couture astucieuse entre passé et présent, la reconversion de l'ancienne caserne militaire en friche, enclave de 9,5 hectares en cœur de ville, prévoit la création de 630 logements dans un environnement vert et désormais ouvert.

« Donner une nouvelle valeur d'usage aux lieux est quelque chose qui me fascine », témoigne Jean-Michel Wilmotte, « le quartier Lizé est un espace fabuleux pour un architecte », un challenge aussi. Entre la rue Saint-Ladre à l'ouest, la rue de la Prévôte au sud et du Général Franiatte à l'est, l'emprise de 9,5 hectares se longe, mais ne se traverse pas. Une interminable grille d'enceinte kaki surmontée de pointes acérées délimite la caserne. A intervalles réguliers, l'injonction « terrain militaire, défense d'entrer » est encore bien visible. Le long de la route, des arbres centenaires dissimulent les façades des bâtiments. Roses, en briques rouges, ocres et grises. Caractéristiques. Le premier date de 1887. En arrière-plan, des hangars sans vie ceinturent des espaces verts en friche.

Oublier le cataclysme

Depuis le Livre Blanc de la Défense de 2008, le sort de Lizé est scellé. L'armée qui se restructure déserte littéralement ses quartiers. La Moselle perd 7000 postes, dont 6000 dans la seule agglomération messine. « Je me souviens d'un coup de fil du préfet en plein milieu des vacances d'été pour m'annoncer la fermeture des quartiers Lizé et Reymond », tranchant comme un coup de couteau. Jean-Luc Bohl, le maire de Montigny-lès-Metz évoque « un cataclysme ». Le traumatisme est grand, la cicatrice, en passe de se refermer. Dans l'attente de l'aval des Domaines pour obtenir la pleine propriété du site contre un euro symbolique, la municipalité prépare la deuxième vie de Lizé.

 

« La caserne a une valeur architecturale, historique », rappelle l'édile. Entre 1937 et 1939, depuis un bureau en surplomb de la rue du Général Franiatte, un jeune lieutenant-colonel répondant au nom de De Gaulle commande le 507e régiment de chars de combat. Parfois, la petite histoire rencontre la Grande. Lizé libéré, Lizé réinventé ne fait pas table rase de son passé. « Nous tenions à respecter ce patrimoine », qui, d'une difficulté, devient une chance. Désigné à l'unanimité du conseil municipal montignien le 31 janvier dernier, le projet de réhabilitation du groupement Eiffage Aménagement et de l'architecte Jean-Michel Wilmotte et associés tisse justement des passerelles, dessine « une nouvelle trame » : entre le présent et le passé, entre le haut et le bas réunifiés.

Conserver au maximum

Le défi, de taille, passionne Jean-Michel Wilmotte. L’îlot désormais vide occupe une position stratégique. « Un lieu est toujours le centre de quelque chose, mais là, c'est vraiment le cas », souligne l'architecte, vue aérienne du site à l'appui. Vu du ciel, le quartier Lizé se situe pile au centre de la Métropole, entre Frescaty, la zac d'Augny d'un côté et le centre-ville de Metz de l'autre. D'en haut, on mesure les possibilités, autant que l'ampleur du chantier à venir pour faire de l'enclave « un nouveau cœur de ville ». L'architecte qui signe le Centre des Congrès à Metz décrit « un petit village », tranquille et plein de vie.

 

Dans le décor qu'il a lui même créé, les éléments anciens dialoguent avec les constructions neuves selon un dosage savant et sensible. « J'aime beaucoup le patrimoine militaire. Il est simple, mais souvent intelligent. » Solide, le pragmatisme de l'armée résiste bien aux affres du temps. « Nous pouvons faire de très beaux appartements avec du cachet dans des bâtiments militaires », assure l'architecte qui dit s'être battu pour en conserver un maximum, « même s'il est plus coûteux de rénover que de rebâtir. » Celui qui développe depuis plus de 30 ans le concept de « greffe contemporaine » se projette sans peine.

 

Le long de la rue du Général Franiatte, en fronton, la grande majorité des constructions demeurent, y compris le bâtiment de l'ancien bureau de celui qui deviendra le général De Gaulle et qui pourrait accueillir une bibliothèque et un petit musée. Au centre, une large place piétonne lumineuse marque l'entrée du nouvel ensemble construit autour d'un parc central de plus de 1,2 hectare. Dans le prolongement, une longère semi-ouverte caractérisée par sa remarquable charpente en bois restaurée coupe l'espace vert en deux. Jean Michel Wilmotte y voit des marchés hebdomadaires, de la vie, partout, par petits bouts.  

Un quartier à taille humaine

Avec ses 630 logements, de tous types, de tous calibres, dont 20% en accession et locatif social, « le quartier conserve une taille humaine ». L'habitat collectif se concentre au cœur du site, tandis que 32 maisons individuelles – dont certaines pourraient porter la signature d'architectes locaux - et en bande sertissent les extrémités nord et sud. Une résidence senior, une résidence intergénérationnelle, 1600m2 dédiés aux commerces et services de proximité, un potager associatif et diverses placettes complètent l’ensemble pour former un tout cohérent. Le coût total hors taxes de l’aménagement est évalué à 12 millions d’euros.

 

Mixité, nature, écologie, histoire... « Nous irons chercher le label éco-quartier », qui couronne une démarche globale, promet Nicolas Gravit, le directeur d’Eiffage-Aménagement, « nous avons mené un énorme travail d'imagination et de conception. » Côté calendrier, après la réflexion, déjà bien aboutie, les différentes procédures d'urbanisme (études, permis, etc) pourraient aboutir en 2019. Elles précéderont la commercialisation, puis les travaux découpés en trois phases, jusqu'à l'horizon 2025.

 



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