Débats

Politique
Michaël Weber, entre ombre et lumière

Par Aurélia SALINAS • Journaliste de La Semaine • 24/04/2018 à 15h20

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A 44 ans, il est le nouveau patron du Parti socialiste en Moselle. Elu plus jeune maire de France en 1995 alors qu'il se voyait curé, Michaël Weber n'est pas la plus connue des personnalités politiques du département. Une nouvelle tête qui va devoir mener la bataille des municipales et avant cela, faire en sorte que le PS regagne sa crédibilité.

« Si être un homme de l'ombre est quelqu'un que l'on ne voit pas, qui travaille en silence, je veux bien accepter d'en être un », lance Michaël Weber. « Je ne cherche pas la lumière » ajoute celui qui est devenu le nouveau secrétaire du Parti socialiste de la Moselle, il y a peu. Pas forcément le plus connu de la bande mais sans doute l'un de ceux qui déroulent le parcours le plus intéressant.

 

A 44 ans, le maire de Wœlfling-lès-Sarreguemines affiche déjà près de 20 ans de socialisme. Il a commencé tôt. Avant de devenir le premier plus jeune magistrat de France en 1995, il avait imaginé une autre vocation. Michaël Weber voulait devenir curé. Il trouve des points de convergence entre ces deux voies : « Le moteur est le même : lutter contre les inégalités, venir en aide à ceux qui éprouvent des difficultés, changer la société », estime-t-il. Que s'est-il passé entre ce moment où il s'apprêtait à devenir prêtre et son élection à la mairie ? « Rien. Je n'avais pas compris l'appel », explique simplement Michaël Weber. Toutes ses réponses affichent cette même simplicité. Il dit les choses franchement.

 

Quand on l'interroge sur son enfance, il raconte : « Elle n'a été ni heureuse ni malheureuse, je ne suis pas dans ce rapport-là. » Elle a été, c'est tout. Dernier d'une famille de cinq enfants, né quelque temps après le reste de la fratrie, il a grandi comme un fils unique. « J'ai toujours été entouré de personnes plus âgées que moi et je me sens plus à l'aise avec eux. Durant ma jeunesse, je me suis toujours senti en décalage. Je préférais me plonger dans les dynasties de princes et de rois que de jouer aux petites voitures. Il n'y a pas eu beaucoup d'insouciance dans cette jeunesse que je n'ai finalement pas vécue », livre Michaël Weber. Triste ? « Non, sans cela, je n'en serai pas là. C'était mon destin. » Il accepte et compose suivant une forme de résignation réaliste.

La politique par la télé

La politique est entrée dans sa vie par le petit écran. Son père était socialiste « sans le dire mais c'était évident », sa mère « plutôt verte ». La famille a grandi dans une maison, en forêt, à l'écart du village où l'eau et l'électricité sont arrivées tardivement. « On regardait peu la télévision. Il y avait les informations du soir, le football et le cyclisme pour mon père et les émissions politiques. Quand François Mitterrand a été élu en 1981, des larmes de joie couraient sur le visage de mon père. J'avais 7 ans », raconte Michaël Weber. Scolarisé au petit séminaire à Bitche, il enchaîne avec des études d'histoire à Strasbourg. Il compte se spécialiser dans l'histoire des religions quand la politique toque à la porte.

 

Michaël Weber a 21 ans et veut participer aux élections municipales de sa commune de 750 habitants. « Juste être sur la liste. » Mais aucun leader ne s'est démarqué, sauf lui de par son jeune âge. « J'ai souvent été le plus petit dénominateur commun », avoue-t-il.

 

Pas forcément le meilleur mais pas le pire non plus. Il interrompt ses études (qu'il reprendra des années plus tard), est élu,  et prend sa carte deux ans plus tard au Parti socialiste, ce qui en surprend plus d'un. « Tout le monde savait que je voulais être curé et tout le monde pensait que j'étais de droite. » Eh bien non.

Garden party de l'Elysée

« Je suis un catho de gauche », sourit-il. Avec le recul, il définit ce premier mandat comme « le plus difficile. J'étais entouré de personnes plus âgées que moi qui possédaient de l'expérience. Ma vision était toujours sujette à la contestation ». En tant que plus jeune maire de France, il est invité à la Garden party de l'Elysée avant qu'il ne rejoigne les socialistes. « Quand j'ai été élu maire, j'ai reçu les félicitations de tous les partis sauf de celui auquel j'appartiens aujourd'hui. »

« Redevenir un parti de militants »

Plusieurs fois candidat aux cantonales, il a toujours échoué. En revanche, il a été élu au conseil régional de Lorraine sur les listes menées par Jean-Pierre Masseret à partir de 2004. D'abord en charge des transports, il s'est ensuite occupé des questions écologiques. Proche de la nature, il dresse un tableau peu optimisme de l'avenir de la planète. « Nous sommes en train de se mettre la tête dans le sable. Le déséquilibre de la chaîne alimentaire va conduire à la disparition de l'humanité. La morale judéo-chrétienne refuse d'aborder ces sujets. On ne parle pas de la surpopulation de la planète, on ne peut pas être 20 milliards. L'être humain oublie de considérer qu'il est un animal comme un autre. »

 

Seul candidat pour succéder à Jean-Pierre Liouville, il a été élu à la tête de la fédération du Parti socialiste mosellane à un moment compliqué. Même si sa fédération, avec 1200 adhérents, est celle du Grand Est qui se porte le mieux, il sait quelle sera la difficulté du chemin. « Nous devons redevenir un parti de militants. » Au lendemain du congrès d'Aubervilliers, il se dit plutôt confiant. Même s'il n'a pas soutenu Olivier Faure (il était derrière Stéphane Le Foll), Michaël Weber souhaite avancer aux côtés du nouveau patron du PS, suivant une fidélité de parti  et  d’idée de la  sociale démocratie.

 

« D'habitude le congrès, c'est la foire, ça part dans tous les sens. J'ai trouvé que celui-ci était structuré, qu'il y avait de la concentration. Nous n'avons pas dit grand chose de notre ligne politique mais au moins nous sommes dans l'opposition. J'ai senti un parti qui avait envie de se mettre au travail. » Sans concession toujours, il dresse un bilan plutôt dur des résultats de l'élection présidentielle. « Ce n'était pas une surprise. On ne peut pas demander à notre électorat qu'il nous fasse confiance alors que nous faisons la preuve de nos divisions, que nous manquons de récit politique et de résultats. »

« Garder ce que l'on a »

Lui n'avait jamais eu envie de suivre Emmanuel Macron. Il raconte : « Quand il était en campagne, Emmanuel Macron avait rencontré les anciens strauss-khaniens, dont je suis. Il y avait Richard Lioger à mes côtés. On est sorti de là et Richard m'a dit : ”moi je le suis”. Moi j'ai dit non merci. Il y avait quelque chose dans la personnalité de Macron que je ne sentais pas. Et je ne partage pas du tout sa politique ultra-libérale. »

 

En Moselle, il se fixe comme horizon les municipales de 2020  avec un objectif humble : « Garder ce que l'on a. » Avant cela, il faudra rassembler et rassurer certains maires qui ont fait part de leurs inquiétudes vis-à-vis du parti, dont Dominique Gros. « Je ne vois pas où est le problème », dit Michaël Weber. « Nous n'avons jamais gagné une élection qu'en tant que socialiste. Ce n'est pas une question de savoir qui a besoin de qui. Les villes ont besoin d'une politique de gauche pour l'équilibre des territoires. Nous devons redevenir crédibles. »    

 



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