Cinéma

La critique de Fernand-Joseph Meyer
"Phantom Thread" de Paul Thomas Anderson, du cousu main

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 06/03/2018 à 18h00

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On a quelque peu déchanté avec «The Master» (2012) et «Inherent Vice» (2014), les précédents films de Paul Thomas Anderson (PTA) qui, conçus de façon apparemment destructurée, échappaient à l'entendement du cinéphile de base. «Boogie Nights» (1997) et «Magnolia» (1999) - par lesquels on a découvert PTA - l'étaient sans doute davantage, c'était alors un peu la mode des films choraux (cf. Sautet, Altman).

Son propos reste clair : filmer les éclats provoqués par les frictions entre un être singulier sanglé dans son autoritarisme et un milieu aliénant ou infantilisant pouvant être une entreprise, une collectivité, un couple ou ses pis-aller amoureux, économiques ou idéologiques. Dans «Phantom Thread», c'est plus qu'un fil rouge. Reynolds Woodcock (Daniel Day-Lewis) est le couturier qui compte dans le Londres des années 1950. Dandy, coqueluche, chéri des princesses du gotha et des «ladies» spectrales, Reynolds règne sur une vénérable maison de haute couture, véritable petit empire que gère Cyril (Lesley Manville), sa tyrannique quoique adorable sœur, et que les petits mains font tourner sans compter. Monomaniaque en diable, Reynolds est aussi narcissique, injuste et cassant. Ses maîtresses successives sont toujours en sursis et Cyril les licencie en douceur quand s'impose une nouvelle comme Alma Eson (Vicky Krieps) qui est une fille très «nature». 

 

 

D'emblée, elle lui signifie qu'il fait «semblant d'être fort» et on comprend alors que son nom n'évoque qu'une queue de bois... On glisse dans une comédie insidieusement romantique où flambrait quelque chose d'hitchcockien. Comme si on revêtait un habit de satin qui s'effilocherait, histoire de révéler la nature profonde de Reynolds et d'affûter le naturel ravageur d'Alma qui, à sa façon, met tout en ordre jusqu'à passer à une orthodoxe conjugalité. Le film n'en reste pas moins étrange en dépit d'une confondante linéarité. On est séduit sans peine, fasciné par un filmage qui nous fait l'effet d'un froissement d'étoffes luxueuses exhalant de capiteux parfums. D'Hitchcock, on diverge vers Proust, Baudelaire et d'autres micro-mondes, sans cesse bouleversé par un trio d'acteurs en forme royale. Daniel Day-Lewis, magistral, se mesure sans outrance à Vicky Krieps – la «star» luxembourgeoise ! - qui éclot avec alacrité et Lesley Manville, parfaite en mère de substitution.

 



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