Cinéma

La critique de Fernand-Joseph Meyer
"Jusqu'à la garde" de Xavier Legrand, époustouflant

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 27/02/2018 à 17h35

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Tous les premiers films, on le sait, ne se valent pas, même Michèle Laroque n'en disconviendra pas. Avec celui de Xavier Legrand, on est aux anges. C'est du naturalisme certes mais sans pathos grassouillet.

On pourrait le qualifier de film à sujet ou à thèse. Tous les éléments scénaristiques s'y prêtent : un couple divorcé, une famille qui se délite et un enfant noué de peur qui observe le sinistre. Xavier Legrand qui est aussi comédien au théâtre a travaillé le même «pitch» avec déjà la magnifique Léa Drucker qui incarnait Myriam. On la retrouve, toujours égale à elle-même, les traits tirés, le regard tétanisé par la peur et l'air déterminé. Elle et Antoine sont divorcés. Avec leurs avocates, ils sont face à la juge aux affaires familiales qui doit décider du sort de leur garçon Julien (formidable Thomas Gioria).

 

 

Nous, on est confronté à cette première séquence dominée par la juge durant près de dix minutes. On pourrait se croire dans un ironique documentaire juridique de Raymond Depardon. C'est une longue scène en temps réel, la caméra est presque statique et on ne croit justement jamais être au théâtre. Les films qui n'ont pas la bougeotte ne sont pas forcément théâtraux. On parle trop de souvent de mise en scène à propos de cinéma. Xavier Legrand ne met pas en scène, il filme au cordeau, il cisèle les plans, il rythme parfaitement les séquences et, au final, notre immersion dramaturgique est totale.

 

Les gros plans cadrant les visages racontent mieux que des mots l'inconfort et le trouble de Myriam et d'Antoine (imprévisible et attachant Denis Menonet), les silences figés par les flots de paroles des avocates dévoilent ce qui les torture bien avant leurs tourments à venir. On ne cesse ainsi de s'interroger sur leur sincérité alors le regard de Julien nous poursuivra longtemps. On sent que quelque chose se trame, que se mettent en place des moments de tension et de déchirement. On s'installe dans un thriller qui se dessine sans qu'on y prenne garde. Hitchcock n'est pas loin.

 

Xavier Legrand ménage les séquences qui suivent comme des blocs de réel entre lesquels les différents protagonistes glissent, se heurtent, s'évitent et s'éprouvent. Le filmage, chez lui, c'est aussi bien une affaire d'images que de sons. Sa caméra ne tremblote pas pour faire «vrai» comme dans un certain cinéma qui pense ainsi être «moderne». Sur sa bande-son ne traîne aucun bruitage inutile, pas de musique intempestive ni d'effet spécial sonore, juste les petits bruits diffusés par des appareils domestiques ou les alarmes déclenchées par les ceintures non fermées dans la voiture. «Jusqu'à la garde» est le premier très grand film de l'année.

 



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