Moselle-Est

Vapotage
Cigarette électronique : les liquides made-in Moselle-Est de Gaïatrend ont dix ans

Par Arnaud STOERKLER • Journaliste de La Semaine • 14/02/2018 à 12h00

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Malgré un encadrement législatif toujours plus strict et certaines inconnues sanitaires, la cigarette électronique n'est pas morte : l'entreprise familiale Gaïatrend, basée à Rohrbach-lès-Bitche et connue pour sa marque de e-liquides Alfaliquid, a augmenté son chiffre d'affaires de 17% entre 2016 et 2017. Aujourd'hui leader de son secteur dans les boutiques spécialisées en France, elle fête ses dix ans et ne compte pas s'arrêter là.

Dix ans tout pile après avoir commencé la production de ses premiers liquides pour cigarettes électroniques dans un petit labo de quelques mètres carrés, la société Gaïatrend va entamer cette année la construction du premier des trois nouveaux bâtiments nécessaires au développement de ses florissantes activités, à Rohrbach-lès-Bitche. Objectif parmi d'autres de cet agrandissement : installer une « solution automatique de préparation des commandes » destinée à fournir en 24h chacun de ses clients en liquides pour e-cigarettes, dont 150 000 fioles sortent déjà quotidiennement du site est-mosellan originel.

 

L'essor rencontré par Gaïatrend après dix ans d'existence – 150 salariés, un chiffre d'affaires en hausse de 17% entre 2016 et 2017, un million d'euros investi l'an dernier pour moderniser ses lignes de production – fait oublier d'où vient cette entreprise locale, partie de zéro en 2008 d'une simple idée germée dans la tête de Didier Martzel : en voulant aider son fils Olivier à arrêter de fumer, le fondateur de la marque a inventé sa propre cigarette électronique, avant de se spécialiser dans la fabrication des liquides qui alimentent ces palliatifs au tabac. Il a surtout embarqué toute sa famille dans l'aventure, si bien qu'Olivier répond à sa place aujourd'hui : « En dix ans, notre société a connu trois grandes étapes », note l'actuel directeur général et responsable de la production de Gaïatrend, en pleine passation de pouvoir cette année avec son président fondateur de père. « Le marché des produits du vapotage a réellement démarré en 2010, alors que nous y étions déjà présents depuis deux ans. Il a encore explosé en 2013, avant de se stabiliser aujourd'hui autour de 2 000 points de vente en France. »

L'Europe et le reste du monde

Gaïatrend se porte bien, notamment parce qu'elle ne s'est pas éparpillée : partie pour conquérir d'autres continents comme la Chine et les Etats-Unis en 2016, la société a dû s'adapter cette même année à l'encadrement législatif plus restrictif des produits du vapotage au sein de l'Union européenne (UE). Entre autres joyeusetés : une interdiction d'en faire la publicité et un empaquetage le rapprochant des produits du tabac. « Chaque pays de l'UE a transposé cette directive (2014/40/UE, ndlr) à sa manière, ce qui nous a par exemple imposé d'insérer nos fioles (auparavant vendues seules, ndlr) dans des étuis ou à traduire les messages qui y sont inscrits en trois langues, comme au Luxembourg ou en Belgique », précise Olivier Martzel.

 

Face à cette complication logistique, Gaïatrend a choisi de « concentrer le développement de ses produits vers dix pays européens prioritaires » comme la France, l'Italie ou encore l'Angleterre. D'où son investissement d'un million d'euros dans ses lignes de production, l'an dernier : « Nous avons dû effectuer un pas en arrière pour nous conformer à ces nouveautés, en un temps record. Mais ces dix pays européens sont notre moteur, aujourd'hui. »

 

Pas de quoi abandonner le reste du monde : Gaïatrend reste présent dans 26 pays dont les Etats-Unis, la Chine et le Maroc. A l'heure où le Canada vient d'encadrer drastiquement la pratique du vapotage en attendant de mieux connaître ses effets au long cours sur la santé, Olivier Martzel reste confiant : « Partout, des groupes se forment pour défendre l'utilisation de la cigarette électronique. Notre ambition, c'est aussi de prouver que nos produits ne sont pas nocifs. »

« Les liquides, un catalogue vivant »

Dès 2014, l'Union européenne a évoqué le danger des cigarettes électroniques, vues comme possibles « points d'entrée d'une dépendance à la nicotine » et capables de « favoriser au bout du compte la consommation d'un tabac traditionnel, dans la mesure où elles imitent et banalisent l'action de fumer ».
Le leitmotiv de Gaïatrend promeut forcément l'inverse, depuis ses débuts : « Nous œuvrons pour une vape responsable », milite Olivier Oberlechner, directeur marketing international de Gaïatrend. « Nous ne nous adressons pas du tout aux non-fumeurs, seulement à ceux qui souhaitent arrêter de fumer. C'est notre cœur de cible. Et nous ne sommes pas là pour construire une quelconque fidélisation avec nos clients, comme l'on peut nous apprendre en école de commerce : la vape peut parfaitement être passagère. »

 

Alors qu’une étude nord-américaine vient de relancer le débat sur la nocivité des vapeurs d’e-cigarettes, l'entreprise assure travailler pour « qu'il ne reste plus rien » de ses produits dans l'organisme après leur vaporisation : « Nos liquides forment un catalogue vivant, sans cesse mis à jour au gré des nouvelles découvertes sur les molécules qui les composent », explique Sébastien Roux, directeur du service de recherche et de développement de Gaïatrend. « Nous commençons seulement à connaître les conséquences de certaines d'entre elles, comme certains types de cannelle qui pourraient, selon de récentes suspicions, se révéler cancérigènes. Mais aujourd'hui, ce que l'on injecte dans nos liquides est parfaitement maitrisé. »

 

1,7 million d'utilisateurs réguliers de la cigarette électronique en France partagent le point de vue de la société est-mosellane : mieux vaut vapoter, plutôt que fumer. « Nous visons à terme un monde sans tabac », affiche tranquillement Olivier Martzel, entre deux portes de son siège social. 16 millions de fumeurs restent encore à convaincre dans le pays.

 

Neuf chercheurs de la faculté de médecine de l’université de New York ont publié le 29 janvier (Académie américaine des sciences) les résultats d’une étude sur les effets de la fumée de cigarette électronique : testée sur des souris, la vapeur de nicotine induit selon eux « des dommages à l'ADN dans le poumon, la vessie et le cœur » et « réduit les fonctions de réparation de l'ADN et les protéines dans les poumons ».
En clair, la vapeur d’e-cigarette pourrait « contribuer au cancer du poumon et de la vessie ainsi qu'aux maladies cardiaques, bien que d'autres études soient nécessaires pour étayer cette proposition ».

Photo : les frères Olivier (à gauche) et Xavier Martzel (à droite) sont respectivement directeur général et aromaticien de Gaïatrend, fondée par leur père Didier Martzel en 2008.


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