Culture

Festival
Festival de Gérardmer, l'écart fantastique

Par Arnaud STOERKLER • Journaliste de La Semaine • 09/02/2018 à 11h45

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Casting international, hurlements dans les salles, neige sur les toits : le festival international du film fantastique de Gérardmer a dignement fêté ses 25 ans du 31 janvier au 4 février, rassemblant un public toujours plus hétéroclite et bon enfant autour de films de genre aussi émouvants que dérangeants.

« J'encule le cinéma français », avait lâché Mathieu Kassovitz sur son compte Twitter en 2012, lorsqu'il avait découvert l'unique nomination aux Césars accordée par l'académie à sa dernière réalisation à ce jour, L'ordre et la morale. Le cinéaste propulsé président du jury du 25e festival international du film fantastique de Gérardmer a pourtant offert le grand prix de cette édition à une œuvre bien française, le 4 février : Ghostland, de Pascal Laugier (sortie nationale le 14 mars).

 

C'est que le long-métrage semble partager avec lui un même esprit revêche, porté sur l'impertinence et hostile à la moindre marque de tiédeur cinématographique. Des ingrédients inhérents à tout bon film dit “de genre”, la spécialité du rendez-vous vosgien depuis désormais un quart de siècle : une quarantaine d'histoires de fantômes, loups-garous et autres zombies ont déferlé dans ce fond de vallée enneigé durant cinq jours, soufflant sur les spectateurs le chaud ou le froid selon la qualité de leurs recettes fantastiques.

 

Des créatures répulsives qui attirent un public de tous âges, voilà l'étrange paradoxe ressassé chaque année dans cette station de ski où se mêlent des passionnés d'ambiances surchauffées dans les salles obscures et des adeptes du froid montagnard venus glisser sur d'éclatantes pistes immaculées. Certains ont fait les deux, à l'image de Mathieu Kassovitz et d'autres membres du jury partis skier dès les premiers jours entre deux projections.

 

La nuit tombée, les rues désertes de piétons comme de voitures masquent une frénésie uniquement concentrée sur le parvis des cinémas. L'attente y favorise les échanges : « Regarde la nuit de merde, 40 minutes de sommeil profond », souffle une jeune femme à son amie, en lui montrant une application de calcul sur son téléphone portable. Probablement les conséquences de la “Nuit décalée”, programmée la veille. Un autre festivalier s’interroge : « J’en ai marre de chialer. On est venu ici pour flipper, non ? », lâche-t-il en référence à certaines oeuvres en compétition, plus émouvantes (Le secret des Marrobowne, sortie le 7 mars) que sanglantes (Revenge, sortie le 7 février).

« Une ville magnifique pour un film d'horreur »

A l'intérieur des quatre cinémas de la ville, durant le festival, les mêmes hurlements joviaux accueillent l'incontournable générique projeté avant chaque film. Une fois la lumière éteinte, les mises à mort fictives les plus spectaculaires sont applaudies par un public hétérogène où se croisent personnes âgées et jeunes furieux, habitants gérômois et visiteurs étrangers. De quoi transformer la “perle des Vosges” en diamant noir du cinéma subversif, d'autant que tout le monde s'y met pour déployer l'horreur dans chaque artère de la cité : monstres grimaçants dans 42 “vitrines fantastiques” décorées par les commerçants, pâtisseries à l'effigie de la mascotte masquée du festival à la chocolaterie Schmitt, menus adaptés au climat d'effroi dans certains restaurants comme le Grattoir (« punch sanglant à la framboise » en apéro, suivi d'un « risotto des abysses » et d'une « tarte Vade retro Bananas »), une part grandissante d'autochtones choisit au fil des ans de s'amuser avec la peur durant l'évènement, situé à une vingtaine de kilomètres du village de Lépanges-sur-Vologne où s'est déroulée l'affaire Grégory.

 

Preuve que le cinéma fantastique flirte souvent avec le réel, certaines œuvres ont rejoint des actualités brûlantes : l'héroïne électro-sensible du court-métrage Chose mentale (intégrée à 4 histoires fantastiques, sortie le 14 février) cherche une zone blanche alors que le gouvernement vient d'annoncer leur éradication totale en France d'ici 2020, et le film espagnol Errementari (sortie à préciser) a été entièrement tourné en langue basque à l'heure où une vague autonomiste et identitaire pousse des coins d'Europe comme la Catalogne vers l'indépendance. Bref, comme chaque année, le festival international du film fantastique de Gérardmer a proposé sa propre vision, distordue, du monde.

 

Un écart visiblement inspirant pour Mathieu Kassovitz : « Quelqu'un devrait tourner à Gérardmer en hiver et présenter son œuvre [au festival]. Je pense que ce serait une ville magnifique pour faire un film d'horreur », a-t-il estimé le dernier jour. Sans rancune, donc, pour le cinéma français.

 

Le palmarès

• Grand prix du public : Ghostland (sortie nationale le 14 mars), de Pascal Laugier.
• Prix du jury ex aequo : Les affamés (sortie le 2 mars), de Robin Aubert et Les bonnes manières, de Juliana Rojas et Marco Dutra (sortie le 21 mars).
• Meilleure musique originale : The Toxic Avenger et Guillaume Houzé pour Mutafukaz (sortie le 23 mai), de Shôjirô Nishimi et Guillaume “Run” Renard.
• Prix de la critique : Les bonnes manières, de Julian Rojas et Marco Dutra.
• Prix du public : Ghostland, de Pascal Laugier.
• Prix du jury Syfy : Ghostland, de Pascal Laugier.
• Prix du jury jeunes de la région Grand Est : Mutafukaz, de Shôjirô Nishimi et Guillaume “Run” Renard.
• Grand prix du court-métrage : Et le diable rit avec moi, de Rémy Barbe.



1 réaction

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Par Franzi
 • Liquidateur
09/02/2018 • 23:02

Bravo mon p'tit Arnaud. J'ai beaucoup aimé ton article sur le festival de Gerardmer. On y retrouve le ton et l'ambiance, ressentis lors de ce we de cinéma fantastique. Et, à chaque ligne, on a envie de lire la suite, tellement ce récit est haletant!!! Et ce "chaud et froid", tout au long de l'article... Dommage que tu ne développes pas plus sur le court-dérapage de RB, mais tu dois être en train de rire avec quelqu'un ?!!!
...
Vous éviterez juste les zones blanches et le pays basque pour vos prochaines vacances: vous y êtes attendu ! Ha!...
L'Alsacien 

 
 

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