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Thierry Weizman, président de Metz Handball : "Le sentiment du devoir accompli”

Par Arnaud DEMMERLé • Journaliste de La Semaine • 05/02/2018 à 15h30

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La saison impressionnante de son équipe, ses ambitions sur la scène européenne, le recrutement de l'an prochain ou encore son avenir à la tête du club. Avant la reprise de la Ligue des Champions et le déplacement de ce samedi à Vardar (Macédoine), le président Thierry Weizman, n'élude, comme à son habitude, aucune question et décortique les dossiers chauds de Metz Handball. Entretien.

Seize victoires en championnat en seize journées, ça vous inspire quoi ?

On se rapproche chaque jour d'une défaite puisque toutes les séries ont une fin. Plus sérieusement, Metz Handball réalise une saison incroyable avec une seule défaite toutes compétitions confondues, à Podgorica (23-18) en Ligue des Champions. C'est difficile de faire mieux. Il ne faut néanmoins pas perdre de vue que les compteurs seront presque remis à zéro avec cette histoire de play-offs. On a déjà terminé en 2010 la saison régulière avec 5 à 10 points d'avance sur nos adversaires avant de chuter face à Toulon lors des play-offs. Il faudra que les filles restent vigilantes et se mettent dans la tête qu'un nouveau championnat commence.

 

On a l'impression que certains banalisent vos performances...

Je suis malheureusement d'accord avec ce constat. C'est très difficile à vivre pour moi vis-à-vis des joueuses et de l'entraîneur Manu Mayonnade, à qui ça demande beaucoup de travail. Quand un club gagne une fois un tournoi, on peut dire que les planètes sont alignées en même temps. Mais pas quand on reste à ce point au très haut niveau. Pour moi, c'est la plus grande fierté de Metz Handball !

 

Quelle est votre part dans la réussite actuelle ?

C'est moi qui effectue le choix fondamental du chef de projet, de l'entraîneur. Celui-ci a ensuite les coudées franches pour faire le job sur le plan sportif. Le recrutement des joueuses à Metz Handball est un recrutement à deux têtes : celle de l'entraîneur et la mienne. Car le président est un ancien handballeur (rires). Ma principale préoccupation au quotidien est la pérennité du club, notamment sur le plan financier.

 

Gagner un titre comme Brest en 2012 en vivant au-dessus de ses moyens pour finalement déposer le bilan dans la foulée, ce n'est pas ma philosophie. Je connais trop de présidents qui se sont laissés griser. On a tous envie de gagner des trophées. Pour y parvenir, il faut se payer les meilleures joueuses, mais pas à n'importe quel prix. Surtout si ça doit mettre en péril l'institution.

 

Quelle est finalement la méthode Weizman ?

Elle est triple : la formation de jeunes joueuses sous les ordres de l'excellent Yacine Messaoudi, aller dénicher des talents grâce à l'œil expert de Manu Mayonnade et remettre d'aplomb grâce à notre staff médical des filles blessées comme par le passé Svetlana Ognjenovic ou Ekaterina Andryushina. Je ne suis pas partisan de recruter une star mondiale qui réclame un salaire trois à quatre fois supérieur au reste de l'effectif par respect pour les autres joueuses, les partenaires privés et l'argent public. Je perçois un million d'euros de l'ensemble des collectivités et stuctures publiques. Je ne suis pas du genre à jeter l'argent par les fenêtres. Il n'y a pas de salaires démesurés à Metz Handball.

 

Que pensez-vous des ambitions grandissantes de Brest, Toulon ou Nantes qui mettent la main au portefeuille ?

Brest possède déjà cette saison une masse salariale quasiment deux fois supérieure à celle de Metz Handball, mais aussi 17 joueuses professionnelles contre 11 chez nous. Nous restons néanmoins devant au classement, sur le plan sportif. On verra en fin de saison si la logique financière a repris ses droits. Si les clubs sont structurés pour payer, il n'y a aucun problème. Je suis davantage embêté pour l'image de notre sport quand des clubs disparaissent en cours de saison. C'était le cas de Nîmes et de l'Union Bègles-Bordeaux Mios Biganos en 2015-2016.  Après, une concurrence saine ne peut faire que du bien. Les ambitions de Brest, Toulon et Nantes sont des stimulations extraordinaires. C'est la certitude de faire de belles affluences aux Arènes et d'assister à des empoignades spectaculaires.

 

La Ligue des Champions reprend ses droits  avec un déplacement en Macédoine à Vardar, samedi 27 janvier (cette interview a été réalisée avant cette date)...

Je m'attends à une rencontre très compliquée pour plusieurs raisons. Il faut déjà se remettre en mode Ligue des Champions. L'intensité, le rythme et le niveau de jeu ne sont pas les mêmes qu'en championnat. On a vu le week-end dernier que face à une formation agressive comme Besançon (27-28), on pouvait souffrir et rencontrer des difficultés. Nous affrontons en plus le favori de la poule et l'un des sérieux candidats au titre dans cette Ligue des Champions. Et puis, je pense que cette équipe macédonienne compte les jours jusqu'à nos retrouvailles. Elle a à cœur de prendre sa revanche après la leçon reçue l'an dernier aux Arènes (42-28). Elle avait d'ailleurs changé d'entraîneur après ce match.

 

Nous sommes également attendus au tournant avec nos six championnes du monde, Ana Gros l'une des meilleures arrières droites de la planète, Xénia Smits ou encore Marina Rajcic. Metz Handball ne peut plus se cacher et doit assumer son nouveau statut.  Il va surtout falloir confirmer les belles promesses du premier tour. Rien n'est fait, on n'est encore pas en quart de finale.  

 

Metz Handball peut-il remporter la Ligue des Champions dès cette saison?

Le sport est marqué par des surprises, des exploits, d'équipes qui déjouent totalement les pronostics sur une compétition et vont au bout. Si on ne rêvait pas à ça, on s'arrêterait. Maintenant, il faut être raisonnable, regarder les budgets, les effectifs des uns et des autres. On peut créer la sensation et participer au Final Four. Ce serait déjà pas mal ! Je n'oublie pas qu'il y a quelques années, nos adversaires sautaient de joie quand ils tombaient sur Metz Handball au tirage au sort. Pourquoi ? Car ils affrontaient l'équipe aux jupettes et avaient l'assurance de glaner quatre points, donc de gagner aussi bien à l'aller qu'au retour. Aujourd'hui, ces mêmes adversaires nous craignent et font la grimace quand ils croisent notre chemin.

 

L'objectif de cette saison est donc le doublé coupe-championnat et le Final Four...

Le titre de champion de France est toujours la priorité puisqu'il ouvre les portes de la Ligue des Champions. Et puis c'est le plus beau titre. Remporter la Coupe de France n'est pas fondamental même si c'est sympa de disputer la finale à Bercy lors de la grande messe du handball français. Une Coupe de France en plus ou en moins ne change pas grand chose. Elle n'apporte pas d'argent et ne qualifie pas à une coupe d'Europe. Du moins pas à celle qui nous intéresse. Ensuite pour la Ligue des Champions, un club qui n'avance pas recule. Après les quarts de finale de l'an dernier, on vise donc le  Final Four.

 

La défaite de 2013 en finale de la Coupe EHF contre les Norvégiennes d'Hölstebrö est-elle complètement digérée ?

Oui, totalement. C'était notre première finale sur la scène européenne. Il paraît qu'il faut en disputer plusieurs pour en gagner une. Et puis quelque part, je ne suis pas mécontent de l'avoir perdue car si on l'avait remporté, je serai parti (rires).

 

Marina Rajcic, Laurisa Landre et Ana Gros quitteront l'effectif messin en fin de saison. C'est une surprise, surtout pour la dernière...

Je suis très content pour Marina, partie par la fenêtre de Podgorica et qui y revient par la grande porte. Elle a un contrat de cinq ans, y retrouve son mari qui vit là-bas et souhaite faire a priori un bébé. Laurisa Landre réclamait un contrat de deux ans. On voulait attendre mars-avril avant de se décider pour une joueuse qui vient de fêter ses 32 ans. Elle est revenue du Mondial en ayant trouvé un accord avec Toulon. Ana Gros, c'est la grosse déception. Sportivement, mais aussi sur le plan humain. Je n'ai pas vu venir le coup. Elle est arrivée à Metz après plusieurs échecs. On l'a amenée au plus haut niveau et elle a rendu de son côté la confiance accordée. Elle a beaucoup donné au club. Je pense que Metz Handball restera à vie son club de cœur. Elle a un contrat mirifique entre les mains qui lui a logiquement fait tourner la tête.

 

On l'annonce du côté de Brest. Considéreriez-vous ce transfert s'il se fait comme une trahison ?

Comme le choix d'Ana est dicté par l'aspect financier plutôt que sportif, elle va aller au plus offrant. Brest a des gros moyens et fait en plus coup double. Il déshabille Metz et se renforce sérieusement à un poste clé.

 

Dans le sens inverse, on parle beaucoup d'Astrid N'Gouan (Brest) et Gnonsiane Niombla (Bucarest), deux internationales françaises...

Je rêve d'aligner côte à côte Astrid et Béatrice (Edwige), qui en imposent défensivement du haut de leur 1,86 m. Gnonsiane a des attaches à Metz. C'est une joueuse qui a un potentiel extraordinaire.  Son arrivée est en très bonne voie (et a depuis été confirmée, ndlr). Pour remplacer Ana Gros, on prendra une joueuse étrangère en devenir qui peut arriver au même calibre. Metz Handball se doit d'avoir une très bonne arrière droite la saison prochaine.

 

Votre meilleur coup en matière de transfert, c'est lequel ?

Il y en a eu des magnifiques. Svetlana Ognjenovic que plus personne ne voulait est arrivée sur une jambe. On a réussi le même coup avec Ekaterina Andryushina, lauréate de la Ligue des Champions et vice-championne olympique avec la Russie. Sinon, il y a Ailly Luciano qui ne jouait même pas en première division aux Pays-Bas. Elle est venue à Metz avec sa casquette à l'envers et son frère comme adjoint dans une voiture improbable, quasiment sans essence. Il fallait en vouloir pour croire à cette joueuse. Elle incarne aujourd'hui Metz Handball.

 

Et le transfert que vous regrettez ?

J'ai hésité une année entre Christine Vanparys et la Tunisienne Mouna Chebbah. Cette dernière était prête à venir pour une bouchée de pain, j'ai privilégié une joueuse française. L'année d'après, Mouna Chebbah était considérée comme l'une des meilleures joueuses au Danemark avec Esbjerg et sa cote est montée en flèche. Vanparys a tout de même réussi de belles saisons à Metz Handball et a été internationale française. J'ai néanmoins raté le coup de ma vie.

 

Etes-vous aujourd'hui un président heureux ?

J'ai le sentiment du devoir accompli. Le club est stable sur le plan financier. On possède un centre de formation qui parvient à sortir d'excellentes joueuses de façon régulière. Tout le monde nous envie Manu Mayonnade, qui forme un binôme complémentaire avec son adjointe Ekaterina Andryushina. On parvient saison après saison à augmenter nos partenaires. J'ai d'excellents collaborateurs à mes côtés. Je n'ai jamais besoin de m'énerver. C'est beaucoup plus facile pour moi de diriger le club qu'à une certaine époque. Mes relations avec les joueuses ont un peu changé avec le temps. Au début, j'étais le grand frère, puis le père. J'espère ne pas être un jour le grand-père (rires).

 

L'heure de passer le flambeau est-elle bientôt arrivée ?

J'ai pris les manettes en 2005. Nous sommes en 2018. Quinze ans comme président, ce sera le grand maximum et je pense même arrêter avant. Je vais recevoir le 15 février prochain la médaille de la Ville de Metz. Quand on commence à recevoir ce genre de médaille, ce n'est jamais bon signe. Il vaut mieux aller voir ailleurs (rires). En 2020, il y aura aussi les prochaines municipales. Je suis adjoint au maire à Longeville-lès-Metz. C'est mon quatrième mandat. J'ai été à la culture et aux sports. Je suis actuellement aux finances. La suite logique est la mairie. C'est le même budget que Metz Handball et le même nombre de salariés. Et puis, c'est beaucoup moins stressant. Il n'y aura pas la pression de la victoire. C'est une expérience humaine enrichissante qui m'intéresse. Je vais apprendre l'urbanisme, la législation, les espaces verts. Ce qui complétera ma formation, moi qui ne connais que la médecine (rires).



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