Metz

La critique de Béatrice Arvet
"Le figurant" de Didier Blonde, chez Gallimard

Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 07/02/2018 à 09h05

Commentaire Envoyer Imprimer

Plus assidu aux salles obscures qu'à sa khâgne du lycée Jules Ferry, un étudiant rencontre un jour le cinéma " pour de vrai " en tombant sur le tournage de " Baisers volés ". Quarante-cinq ans plus tard, à l'occasion d'une rétrospective consacrée à François Truffaut, il se souvient de cette journée qui a chamboulé son existence. Une recomposition charmante d'un temps pas si lointain, confrontée aux pièges de la mémoire.

En février 68, le narrateur a dix-neuf ans et peu d'enthousiasme pour ses études. Lorsqu'en descendant la rue Caulaincourt dans le XVIIIème arrondissement, une main l'arrête fermement, sa surprise est grande de s'apercevoir qu'il s'agit de celle de François Truffaut l'empêchant de passer dans le champ de la caméra. Scotché par ce hasard inouï, il finit par se faire engager comme figurant sur le film. Il y rencontrera la mystérieuse Judith. Quelques séquences plus tard, après une nuit un peu chahutée, elle se volatilisera sans laisser le moindre indice. L'hommage à Truffaut donne l'occasion à l'écrivain de zoomer sur les profils de l'ombre que sont les figurants, de partir sur les traces de la belle disparue ainsi que des lieux de tournage.

 

" L'inconnue de la Seine " " Les fantômes du muet " " Les voleurs de visages – Rocambole, Arsène Lupin, Fantômas "... Les titres des livres de Didier Blonde sont explicites pour comprendre son entêtement à sortir de l'ombre les invisibles, les oubliés ou encore ces identités insaisissables qui révèlent un peu d'un inconscient collectif. A cette quête s'ajoute une mission de réanimation des décors dans lesquels ont déambulé des personnages fictifs ou non. Ici, il s'attache aux silhouettes anonymes, rarement créditées au générique, qui apportent à un film non seulement son réalisme, mais un supplément d'âme.

 

Inlassablement, Didier Blonde scrute les traces du passé dans le présent par une investigation mémorielle qui exclut, insidieusement, le travail cruel du temps sur les lieux et les hommes. Dès lors, il fait revivre " Le Disque bleu ", un café où notre narrateur rencontre Judith, pendant qu'Antoine Doinel discute avec Monsieur Henri et où de multiples événements se sont ainsi croisés, superposés, interprétés. De même, réapparaît le Gaumont-Palace, la plus grande salle d'Europe dont le fantôme hante sans doute encore les cinéphiles montmartrois. Elle fut remplacée en 1973 par un hôtel et un magasin de bricolage !

 

Didier Blonde, avec une infinie délicatesse, recense ces petits riens, ces détails apparaissant uniquement sous la loupe du chercheur, qui immortalisent des présences imperceptibles, ayant pourtant laissé une empreinte visible par tous. Peut-être un tel roman n'intéressa- t-il réellement que les fans de cinéma, nostalgiques d'un Paris périmé. Pour autant, il est réjouissant de se promener dans les coulisses du 7ème art autant que de suivre les méandres d'une mémoire déformante qui reclasse les souvenirs.

 



Réagir, Commenter, Répondre...

lire la charte des commentaires              Signaler un abus

 
 

Je m'inscris
à la newsletter
Jour de Semaine


 
En soumettant ce formulaire, vous acceptez de recevoir la lettre d'information quotidienne « Jour de Semaine »

Blognotez avec...

avec les journalistes, experts ou passionnés de La Semaine

Cinéblog
Cinéblog
Livres d\'enfants
Livres d'enfants
Les éditos
Les éditos
Elle dévore !
Elle dévore !

Identifiez-vous

espace-abonnes_3.png

newsletter-new.jpg
contact-new-2.jpg
pub-new-2.jpg

Annonces judiciaires et légales