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De Las Vegas à Hollywood, trois entreprises lorraines au pays de l’Oncle Sam

Par Gaël FORMENTIN • • 06/02/2018 à 08h00

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Elles sont trois. Trois entreprises mosellanes innovantes. Trois réussites, aussi discrètes qu'insolentes. Acreos qui conçoit des simulateurs de conduite d'engins de chantier et Exelium qui élabore une gamme complète de supports et chargeurs par induction pour smartphones, reviennent du CES de Las Vegas, le plus gros salon au monde dédié aux nouvelles technologies. La troisième, le studio TV Paint Développement, recevra début février le prix Ub Iwerks à Hollywood lors des Annie Awards pour sa contribution au monde de l'animation. Nous vous proposons de découvrir ces success stories.

Simulation : Acreos

Tombereau, pelle, cavalier portuaire, grue... Fondée en 2007 et basée à Hauconcourt et Morhange, la société Acreos possède à son catalogue de simulateurs une vingtaine d'engins de chantier, pour s'exercer sans danger ni pollution.

 

Un clic sur le menu tactile, et nous voilà projeté dans la cabine d'une chargeuse articulée. A l'écran, le poste de conduite apparaît. Lové dans le siège, ceinture de sécurité obligatoirement bouclée, l'immersion commence par des exercices de base, histoire d'apprivoiser l'engin. La difficulté va crescendo avec le niveau. Avancer, reculer, tourner, remplir un godet de terre. Les commandes qui tombent sous la main répondent au doigt et à l'œil, le moteur grogne et la plateforme montée sur vérins répercute les moindres secousses de la flèche.

 

Très vite, les limites du conducteur novice apparaissent. Dans le cerveau, une lutte s'engage pour l'indépendance... des mouvements. Il faut tourner à droite avec la main gauche, jouer avec des joysticks de la droite tout en gérant le pédalier. Conduire un engin, même simple, ne s'improvise pas. La force du simulateur est là : autoriser les erreurs dans un monde virtuel, donner la possibilité d'analyser, puis de recommencer, avant de passer dans le réel.

Intelligence artificielle

La sécurité et la pédagogie figurent au cœur de l’ADN de l'entreprise. En 1995, une grue s'effondre sur une école à Toul. Eric Pierson fonde alors l'AFCE, le premier centre de formation à la conduite d'engin. En 2007, un accident manque de coûter la vie à un formateur. Avec deux étudiants de l'Enim, le président du groupe fait le pari d'inventer un moyen d'apprendre sans mettre la vie des gens en danger. Trois ans de recherche et de développement plus tard, le premier simulateur Acreos est commercialisé.

 

Aujourd'hui, l'entreprise compte 33 collaborateurs dont une quinzaine de développeurs. La technologie évolue. « Nous améliorons l'intelligence artificielle et la collecte des données pour proposer des parcours à la carte », explique Jordan Celles, chargé de projet présent au CES de Las Vegas, « nous avons pris le pouls des innovations en matière de réalité virtuelle et augmentée ». Présent dans 35 pays à travers le monde, dans la quasi totalité des CFA français et de leur équivalent en Colombie, Acreos propose désormais des packs de simulation à la cartedans cinq secteurs clés : le BTP, le portuaire, le minier, l'agriculture, le forestier et la manutention.

 

Induction : Exelium

Une batterie à plat... Avec Exelium, la hantise des possesseurs de smartphones appartient au passé. Depuis deux ans, la société messine développe une gamme complète de chargeurs magnétiques par induction adaptés à chaque besoin du quotidien.
 

Protégé par une discrète coque aimantée, le smartphone d'Henri Fourquet affiche presque toujours 100% d'autonomie. Pourtant, le gérant d'Exelium ne cesse jamais de l'utiliser. L'astuce ? Une batterie compacte dissimulée dans la poche de sa veste, une station de recharge dans l'habitacle de sa voiture, une autre sur son bureau. La force du concept est de combiner la technologie « Qi » ou charge par induction à la fixation magnétique. Plus besoin de se soucier d'une quelconque câble, le téléphone se pose et se positionne d'un simple geste sur le récepteur.

Un coup d’avance

« Nous sommes encore précurseur dans le domaine, même si nous avons été copiés », souligne l'entrepreneur, originaire du sud de la France « nous devons toujours continuer à innover ». Et anticiper les tendances. En 2006, la création de la société coïncide avec le boom des écrans plats. Exelium imagine alors des supports de fixations muraux universels, design et orientables. « En 2011, le marché dégringole. Celui des tablettes tactiles et smartphones explose. Il a fallu réagir. » Exelium invente une gamme de fixations mécaniques pour la voiture et la maison, avant de s'intéresser à la charge sans fil.

 

Lancée en 2014 au Ces de Las Vegas, le concept baptisé « Up' », d'une simplicité enfantine, tape dans l'œil de professionnels. « Nous avons même été approché par un ingénieur de General Motors », se remémore Henri Fourquet en souriant. Régulièrement en tête de comparatifs réalisés par la presse auto, la petite entreprise n'a pas à rougir face aux mastodontes du secteur. Elle exporte désormais sa solution dans le monde entier, via le shop en ligne lancé il y a six mois et un réseau de distributeurs spécialisés (Boulanger, Fnac, etc), et planche déjà sur une nouvelle solution pour conquérir le marché des montres connectées.

 

Animation : TV Paint

Une planche à dessiner numérique, un stylet et un logiciel capable d'assembler 24 images par seconde.... Utilisé dans 70 pays à travers le monde pour réaliser des films d'animation 2D, TV Paint n'a de limite que l'imagination.

 

Les locaux de TV Paint se situent au Sablon, dans une arrière-cour à l'abri des regards, à l'étage d'un immeuble sans prétention. « Le grand public ne nous connaît pas », mais la notoriété de l'entreprise messine dans le petit monde du dessin animé n'est plus à faire. Les créatifs du monde entier, les studios, les écoles de formation, utilisent le logiciel d'animation né en 1991 et qui n'a cessé d'évoluer depuis.

 

Aujourd'hui dans sa version 11, TV Paint « est un peu comme une boîte à outils », explique Fabrice Debarge, co-gérant chargé de la conception et de la vente, « une des forces du logiciel, c'est d'avoir su garder une simplicité et une cohérence. Il est ergonomique, facile pour la prise en main ».

Rivaliser avec les géants

Avec TV Paint, sorte de Photoshop avant l'heure, les dessins prennent vie. Le dessinateur qui a troqué son crayon et ses pinceaux pour un stylet, trace directement son trait à l'écran. « Avec le numérique, nous parvenons à reproduire l'effet papier », souligne Fabrice Debarge. Les ombres, les nuances d'une aquarelle, le grain, la précision... Image par image, calque sur calque, le logiciel, sans cesse agrémenté de nouvelles fonctionnalités, permet de construire une histoire, de la mettre en mouvement.

 

Aujourd'hui, des studios et des écoles d'art du monde entier l'utilisent. Pour des démonstrations, les équipes de TV Paint se rendent régulièrement au Japon, en Chine, au Chili... « Ethel et Ernest », « Le chant de la mer », « The peanuts movie » et le long métrage « La Tortue Rouge », primé à Cannes dans la catégorie « Un certain regard », ont été entièrement réalisés avec le logiciel fabriqué à Metz qui recevra début février le prix « Ub Iwerks » lors des Annie Awards, les Oscars de l'animation. Après Google, Pixar ou Disney, c'est la première fois que ce titre honorifique couronne l'apport d'une société européenne dans l'univers du dessin animé, capable de faire jeu égal avec des géants.                                    

 



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