Metz

La critique de Béatrice Arvet
"Imago" de Cyril Dion, fraternelle confrontation

Par Béatrice ARVET • Correspondante La Semaine • 19/12/2017 à 16h00

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En rattachant ses personnages au conflit israélo-palestinien, Cyril Dion s'attaque à un sujet périlleux, dont il déjoue les pièges par une approche plus humaniste que politique. Un premier roman riche en sujets de réflexion, qui interroge l'avenir de notre planète à travers l'engagement, la consommation de masse, la notion d'enfermement et le pouvoir libérateur de la poésie.

À l'origine se trouve Amandine, maintenant sexagénaire, retirée dans la forêt où, malgré la solitude, elle tente de vivre en harmonie avec la nature. Dans sa jeunesse, elle s'est rebellée contre sa famille bourgeoise, contre l'injustice, contre le capitalisme, tout en idéalisant un avenir qui n'a pas tenu ses promesses. Elle a accouché trop jeune de Fernando, un enfant mal aimé, mal compris, qu'elle a fini par abandonner à son ex-mari. Par la suite, elle n'a cessé de rechercher son second fils, né dix ans plus tard et enlevé à la naissance par son amant palestinien. (À noter, les magnifiques premières pages sur cet épisode). Nadr apprendra la vérité sur sa mère bien après la mort de son père, tué lors d'un bombardement. Il habite Rafah avec son demi-frère Khalil, dans le plus grand dénuement. Ils ne sont jamais sortis de la bande de Gaza, mais chacun vit cette réclusion de manière différente. Lorsque Khalil décide de participer à un attentat à Paris, Nadr part à sa recherche afin de l'empêcher de commettre cet acte immonde.

De la capitale française à Rafah, Cyril Dion confronte deux sociétés, deux cultures, deux notions de liberté, deux formes d'ignorance et d'enfermement. D'une part, des puissances opulentes voulant imposer aux Etats pauvres leur vision du monde ; la profession de Fernando, analyste pour un Fonds finançant des projets destinés aux pays émergents, permet de démontrer le décalage entre les intentions et le terrain. D'autre part, des personnalités formatées dès la naissance par un lourd héritage historique et des traditions ancestrales ; Nadr s'évade avec les mots de Darwich et Rûmî, ses seuls trésors, deux livres offerts par son grand-père dans lesquels il trouve l'apaisement de ses colères.

À l'inverse, Khalil emmagasine une frustration explosive, alimentée par les bombes qui s'abattent régulièrement sur la ville. Dialogues de plus en plus difficiles entre les civilisations, zones de guerre menaçant les démocraties, nations s'épuisant à maintenir leur croissance, conjoncture écologique désastreuse, valeurs éducatives sacrifiées à un schéma concurrentiel, culture "ubérisée"... Quelle "mue imaginale" attend l'espèce humaine dans un contexte qui s'affranchit de la nature, de l'art, de la poésie... en bref, de la beauté ? Par ce roman campé dans l'actualité, Cyril Dion illustre ses convictions en abordant les enjeux dont notre société ne pourra faire l'économie sans s'appauvrir ou courir à sa perte.

Chez Actes Sud



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