Metz

Cinéma
Les Souvenirs • Jean-Paul Rouve

Par Fernand-Joseph MEYER • Correspondant de La Semaine • 04/02/2015 à 14h39

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Avec Annie Cordy, Mathieu Spinosi, Michel Blanc, Chantal Lauby, Audrey Lamy.

Après les Bélier, voici la très française famille Esnart avec une aïeule verte et veuve prénommée Madeleine, ses trois fils plutôt mollassons, sa bru un peu bégueule et Romain, son petit-fils enjoué. Selon les observateurs socio-machins, la société française actuelle pencherait pour la famille et ses valeurs de cohésion, de transmission et de sécurité. Le cinéma franco-français n'est pas à la traîne. Après avoir décliné durant deux décennies les états volatiles des familles décomposées, recomposées, monoparentales ou sacro-saintes, il multiplie les gammes sur l'air de «Familles, je vous aime ! ». Il est loin le temps où Juliette Gréco susurrait «Famille, je vous hais ! ». La régression redoutée pour le cinéma qui reste un art bonnard avant d'être une industrie juteuse se joue ailleurs. Les cuisiniers mitonnent, dit-on, les meilleurs plats dans les vieilles marmites. Avec «Les Souvenirs», on a affaire à d'habiles gâte-sauce. Le scénario inspiré par un roman d'un écrivain précocement poussiéreux (David Foenkinos) est filmé par un acteur-réalisateur trentenaire déjà criblé d'arthrose artistique qui s'est fait remarquer chez les sinistres Robin des Bois (Jean-Paul Rouve) puis dans un ou deux films presque digestes dont n'est jaloux que Gérard Jugnot.

Qu'arrive-t-il chez les Esnart, la
famille du jour ? Pépé Esnart meurt, Madeleine esseulée est casée dans une maison de retraite chic par ses fils mais surtout par le cadet, un atrabiliaire qui adore jouer à la victime. Madeleine, très vite, fugue. Romain, perspicace, sent qu'elle est partie pour Etretat, sa ville natale, nostalgique de l'école qu'elle a fréquentée durant la dernière guerre. Voilà le «pitch» aussi bondissant que du Marc Lévy. En v.f., ça nous donne rien de moins qu'un éprouvant délayage lardé de-ci de-là de ciels colorés et de panoramas variés dont - bien sûr ! - les falaises d'Etretat toujours idéales pour faire des «selfies». Entre l'incipit et l'épilogue bien téléphoné en amont, hormis la symétrie de leurs motifs narratifs (obsèques, cimetières et retrouvailles), on a droit à des excroissances qui ne musclent guère le scénario : départ à la retraite, gestion du temps disponible, usure conjugale, démon d'après-midi, jeunesse amoureuse et imprévisible libido. L'improbable Julien Doré exécute off «Que reste-t-il de nos amours ? » de Charles Trenet, histoire de plomber le film.
Annie Cordy (Madeleine), en effet, ne «tata-yoyote» pas ; au détour d'un plan, elle se contente de fredonner «Sombreros et mantilles», un tube de la 4ème République. Elle et Michel Blanc sont les seuls atouts de ce film, ce qu'on a déjà pu vérifier grâce à Claude Chabrol, Alain Resnais, Pierre Granier-Deferre (pour l'une) et Pierre Schoeller, André Téchiné, Patrice Leconte (pour l'autre). Sans eux, on serait bons pour la double peine. Le nouveau-venu Mathieu Esposi (Romain) est plus qu'étonnant. Jean-Paul Rouve fait mieux qu'Alfred Hitchcock : il assume le rôle marquant quoique très secondaire d'un patron d'hôtel en mal de
paternité et nous offre ainsi quelques rares moments d'émotion piqués d'humour. Bref, c'est du cinéma désuet qui exhale juste un goût de tisane tiédasse.




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